Ma chère fille,
Je vous remercie de vos bonnes paroles et de toutes celles que vous me faites adresser par les maisons de Sedan et de Londres. Ce qui me console, c’est la sainte mort de ma soeur. Certes, rien de plus édifiant. Il me semble l’entendre me répéter sans cesse: Je suis au ciel. Ce n’est pas une raison pour ne pas trembler devant la justice de Dieu, et je vous remercie de toutes les prières que l’on fait pour elle dans votre Congrégation. Priez aussi pour ma mère.
M. Bertomieux(1) croit que ce que j’ai de mieux à faire, c’est d’aller passer quelques jours seul à Lavagnac, et je vais m’y décider. Ma mère renonce pour jamais ou du moins pour bien longtemps à la campagne; mon père y viendra peut- être, mais mon père ne parle pour ainsi dire plus. On veut décidément m’envoyer à Ems(2). Si le repos de Lavagnac et les bains de l’Hérault me suffisent, j’éviterai Ems; sinon, vers le 7 août, je partirai pour m’y rendre. Il m’est impossible, à mon grand regret, de prêcher cette année la retraite à vos filles. La mort de ma soeur m’a trop brisé; mes forces physiques n’y suffiraient pas. Mes crises nerveuses m’ont repris pendant quelques jours(3), ma pauvre carcasse n’y suffirait pas.
Je sais qu’on me dira de continuer le collège de Nîmes, et je le continuerai sous condition de bâtir. Dès lors, il faut abandonner Clichy. Le P. Laurent ne veut plus être supérieur. La résidence de Paris se composera du P. Picard, du P. Laurent et du P. O’Donnell; on leur donne le Fr. Benjamin pour leur cuisine(4). Si le P. O’Donnell pouvait prêcher en anglais à l’église de l’Assomption(5), ce serait peut-être une bonne chose.
Je vais écrire à Rome pour offrir, en prévision de bouleversements qui chasseraient les religieux, un asile à quelques Augustins capables d’enseigner la théologie. Le P. Cusse branle un peu au manche pour son départ(6).
Adieu, ma fille. Je ne puis relire ma lettre. Excusez les mots supprimés, comme il m’arrive toujours.

