Je vous remercie bien, ma fille, de ce que vous m’apprenez au sujet de B[ordeau]x(1). C’est réellement une bonne affaire, et quand même vous auriez plus tard des difficultés, il ne faudrait pas se décourager, puisque tout me semble là providentiel.
Je serai à Nîmes samedi et j’en partirai lundi matin(2) pour Paris, en m’arrêtant peut-être un jour à Lyon. J’ignore si la Commission est contente de moi, je la laisse faire. J’ai posé très nettement et doucement les questions et je me suis tenu loin(3). Du moment que l’évêque me promet les missions diocésaines, peu importe le reste. Je tremble par la pensée des événements qui s’annoncent et qui ébranleront, ce me semble, les établissements d’hommes(4). Vous ai-je dit que j’allais demander à Rome un ou deux professeurs de théologie, dans l’hypothèse d’un bouleversement qui me semble clair comme le jour et qui chassera les religieux.
Mon séjour à la campagne m’aura prouvé que si mon bon père avait voulu cultiver ses terres comme ses voisins, il aurait recueilli sur Lavagnac 500.000 à 600.000 francs de plus. Ainsi pour n’avoir pas voulu mettre une poignée de plâtre sur chaque comporte ou cornue de raisins, à l’époque de la vendange, il a vendu son vin 7.000 à 8.000 francs de moins qu’il ne l’aurait vendu. Voilà ce que l’acheteur lui-même dit. Le notaire du pays, qui fait depuis quarante [ans] les affaires de la maison, affirme qu’il ne dépendait que de mon père d’avoir 100.000 francs nets par an sur Lavagnac seulement. Si je le voulais, ma mère me donnerait cette terre, mais je préfère la laisser à Mme de Puységur, sauf les arrangements, mais je suis bien aise d’être campé sur une foule de détails qui viennent des hommes les plus consciencieux et les plus habiles, afin que tout en faisant une part belle à ma soeur je puisse avoir aussi quelque chose, et je crois que Dieu me donnera plus que je n’espérais.
L’idée d’un établissement à Passy m’irait assez, mais le P. Laurent n’a-t-il pas déjà annoncé la fermeture de Clichy? Le pauvre homme était dernièrement d’assez mauvaise humeur, et je me reproche de ne l’avoir pas assez consolé(5).
Vous savez que Mgr Quinn ne veut plus des nôtres ou du moins les renvoie indéfiniment(6). J’ai écrit une lettre de fureur concentrée au P. O’Donnell. Voici pourquoi. 1° Pour lui faire sentir qu’il avait trop parlé; 2° Parce qu’au fond je suis ravi de me dégager de la dépendance où nous aurions été de Mgr Quinn. Ce n’est réellement pas un homme. Je veux bien envoyer du monde en Australie, mais dans une position moins soumise aux versatilités de ce saint évêque. Si on vous parle, veuillez agir en ce sens qu’ayant à me plaindre des procédés de Mgr Quinn, je veux que mes religieux aient leurs coudées plus franches qu’il n’avait été d’abord convenu.
Tout vôtre.

