Ma bien chère fille,
Votre lettre d’hier soir nous a fait bien réfléchir(1). Il est sûr que si l’on pouvait avoir pour 200.000 francs, avec le terrain à vendre, l’enclave Leroux et la langue de terre Jackson, qui est tout près de la propriété Ouvré, on pourrait faire une chapelle à côté de M. Ouvré et il resterait encore un joli carré pour un cloître. Cela posé, je dis:
1° S’il y a chance d’acheter le lopin Leroux, je consens à ce qu’on aille jusqu’à 170.000 francs.
2° La créance de 90.000 francs sera à vos ordres, mais pour quand? Vous savez qu’elle n’est payable que dans deux ans.
3° Je serais bien heureux que M. de Gouy voulût bien nous prêter son nom, et je vous prie de le lui demander.
Le Fr. Vincent de Paul trouve, pour se mettre au point de vue du P. Hippolyte, des inconvénients au voisinage du palais de l’industrie; j’y trouve des avantages d’une certaine espèce. Maintenant écoutez bien. Si réellement vous croyez que la rue Miromesnil est préférable, je consens à l’acheter: 90.000 francs couvriraient presque tout, surtout si le château de Clichy se vend. Alors nous prendrions notre temps pour vendre le reste des terrains. Que pensez-vous de cette combinaison? Nous autres ne vendant pas, M. votre frère vendrait plus tôt ce qui lui appartient, et le prix élevé que nous mettrions à ce que nous avons à nous l’aiderait à demander plus cher de ses lots à lui.
Si vous me demandez mon goût, je me sens poussé pour aller nous établir définitivement sur les ruines du mur d’enceinte, entre la rue de Courcelles et la rue du faubourg Saint-Honoré. Nous serions en face des terres, entre deux rues parfaitement habitées et dont l’extrémité ne peut qu’acquérir une valeur immense, et loin de toute église.
En résumé, si on peut avoir la rue François Ier à 170.000 francs, j’y consens; plus cher, je reviens à un provisoire rue Miromesnil, avec l’espoir d’aller plus tard entre la rue du faubourg Saint-Honoré et la rue de Courcelles, sur les débris du mur de ceinture.
Le P. Hippolyte m’assure que, vérification faite, Joséphine ne demande pas double intérêt. Ce sera encore une erreur du P. Laurent. Ne m’aviez-vous pas parlé de vous trouver une gouvernante ou demoiselle de compagnie, dont vous auriez besoin? J’ai une perfection, pourvu que ce ne soit pas trop de sérieux que l’on réclame.
Tout vôtre.

