DERAEDT, Lettres, vol. 3, p.354

Le terrain de la rue François Ier. – Juliette et la pension de sa mère. – Soeur Thérèse-Emmanuel serait utile mais non indispensable à Bordeaux. – A Londres, Soeur M.-Bernard ravit nos missionnaires. – Le climat de Bordeaux va très bien à certaines Soeurs. – Qu’elle donne ce qu’elle veut, mais pas au P. O’Donnell.

Je reçois votre demi-feuille, ma chère fille, et voyez comme je suis fait. Je me trouve avoir moins peur de la rue Miromesnil à présent que j’en connais les habitants(2). Toutefois je consens bien volontiers à pousser jusqu’à 180.000 francs le terrain de la rue François Ier, si pour 20.000 fr. je puis espérer l’enclave Leroux et la bande Jackson qui est derrière le terrain. Mme Daguilhan sera très bonne pour vos Soeurs(3), seulement elle ne donnera pas sa fille, je le comprends.

Juliette est venue ce soir me faire une scène sur ce que Louise(4) avait refusé de faire un supplément de pension à sa mère. J’ai répondu que quand les autres frère et soeurs augmenteraient, elle augmenterait aussi. En attendant, dans son feu, elle m’a avoué que sur 500 francs d’une vieille créance qui devaient rentrer à Louise, elle avait gardé 250 francs. Il y aura avantage, Juliette n’ira pas à B[ordeau]x, et je crois que ce sera fort heureux. Soeur Thérèse- Emmanuel ne me semble pas très nécessaire, elles n’y comptent presque pas. Elle serait pourtant très utile; indispensable, non certainement(5).

Nos missionnaires sont ravis de Soeur M.-Bernard. Elle le déciderait, écrit le P. Cusse au P. Galabert, à aimer les religieuses(6). Du reste, la vue de l’emplacement de Tyburn Gate lui a fait un effet prodigieux; il m’engage d’y envoyer tous les religieux mécontents méditer pendant un quart d’heure.

Vous a-t-on dit que le climat de B[ordeau]x allait réellement très bien à certaines de vos Soeurs? La lettre de Soeur M.-Gonzague a produit un effet merveilleux. Dieu veuille que cela dure! Mais j’ai peur de quelque tempête. Si vous savez quelque chose sur les événements ou plutôt sur la situation présente, vous serez bien bonne de me le faire savoir par Frère Vincent de Paul. Adieu, ma fille. J’ai un peu de travail aujourd’hui; il me faut vous quitter pour dire vêpres et me coucher; mais avant, je crois devoir répondre à une question de votre lettre qui m’arrive par Bordeaux. Vous donnerez ce que vous voudrez, mais non pas au P. O’Donnell; ce sera nous qui lui donnerons, s’il est besoin(7).

Adieu, ma fille. Bonne nuit.