Ma chère fille,
Je n’ai pu remettre encore les lettres de Soeur Thérèse- Em[manuel], mais je suis allé hier soir au cimetière de Saint- Laurent(1), où j’ai passé plus d’une heure. Le tombeau de sa soeur est à une extrémité, et j’avais commencé par l’extrémité opposée. On l’a déposée dans un endroit, où certainement il y a des catacombes, à trente pas de l’église et des tombeaux de saint Etienne et de saint Laurent, tout près d’une chapelle souterraine qui remonte au temps des persécutions et dont on a détruit une partie pour aplanir le terrain. Car le tombeau est sur un monticule à moitié rasé. La croix de marbre blanc, que m’avait indiquée Soeur Th[érèse]-Em[manuel] est, en effet, sur la tombe; on l’a entourée d’une grille de fer, ce qui dans le cimetière n’a été fait que dans cinq ou six endroits. Je crois que les intentions ont été remplies aussi parfaitement que possible.
Mme Foljambe est plus connue que Soeur T[hérèse]-Em[manuel] ne pense, à cause de sa liaison avec le P. Passaglia(2), dont la position est des plus paradoxales, pour ne rien dire de plus. J’ai cherché mes professeurs(3). Ce ne sera pas facile. L’abbé Chaillot n’en connaît pas. Les Augustins ont si peu d’hommes capables qu’ils se sont adressés à des prêtres séculiers pour enseigner la théologie. Le P. Jandel(4) est absent; il visite les couvents de Corse. J’ai vu le P. Larco. Le cardinal Barnabo, préfet de la Propagande, et Mgr Sacconi(5) m’ont promis de chercher. Le P. Séménenko(6) m’a également promis de voir quelques personnes. Ce bon Père m’a livré, sans le vouloir et sans s’en douter, une petite confidence. La question des rationalistes et des traditionalistes(7) vient d’être débattue à la Congrégation de l’Index, et les traditionalistes ont eu la victoire. La décision paraîtra dans un mois. Quant aux autres affaires, je n’en parle pas, et pour cause. Je vais ce soir chez le Pape. Tout à l’heure, j’irai dire la messe au tombeau de sainte Monique(8).
Adieu, ma fille. Je pense être ici jusqu’au dimanche de la Tri- nité(9); ce n’est pas la peine de m’écrire. Tout à vous, avec l’espoir que les bonnes dispositions où je vous ai laissée se soutiennent, vous aident à chercher droitement Notre-Seigneur.

