Ma bien chère fille,
Je ne sais si vous êtes de retour à Paris; c’est pour cela que je mets ces quelques lignes sous le couvert du P. Picard. Je ne me suis pas arrêté à B[ordeau]x
1° parce que j’étais fatigué;
2° surtout pour ne pas faire ombrage à Soeur M.-Bern[ard], de qui, du reste, je n’ai rien reçu pendant tout son séjour au Grau. Quelques Soeurs me demandent d’aller leur prêcher la retraite; si je la leur donne, elle sera de quatre ou cinq jours seulement, et du 18 au 20. Je sacrifierai ma course en Bretagne(2) et je pourrai aller voir l’évêque de Montauban avant le 28, époque où il doit s’absenter. Je pourrai ainsi aller faire quelques affaires à Lavagnac, au Vigan, et revenir encore à Nîmes, vers le 9 septembre, pour conduire une douzaine de jeunes prêtres à la chartreuse de Valbonne, si un projet que j’ai formé se réalise. La question est de savoir si vous croyez utile en ce moment que je fasse une retraite aux religieuses de B[ordeau]x, ou si vous préférez que ce soit pour une autre année. Veuillez y réfléchir, afin que je dispose de mon temps en conséquence.
Vous ai-je dit que je comptais avoir Thérèse de Rocher, du 15 au 20 septembre, à Nîmes? Je suis tout heureux de vous donner cette chère petite, qui, pour n’avoir pas inventé la poudre, ne fera pas moins une excellente religieuse. Je pourrais bien vous confier un secret, mais il ne faut pas que votre ombre s’en doute. Cécile Varin est en trouble sur ce qu’elle fera. Elle ne me l’a pas dit, mais sa mère s’en préoccupe. Où irait-elle? Je n’en sais rien.
Adieu, ma chère fille. Priez un peu pour la retraite, que je commence demain dimanche(3), et croyez à tout le bien que mon coeur désire faire à votre âme.

