Je viens de dire adieu au P. Alexandre(1), ma chère fille, et je viens à vous pour parler de l’affaire de Lyon. Il serait impossible de causer de ces arrangements avec mon évêque, qui est tout occupé de ses luttes avec le gouvernement. Un peu de temps est donc nécessaire(2). Je suis tout prêt à aller à Lyon dans le mois de janvier; mais si j’avais à vous proposer un plan de conduite, je vous engagerais à y aller vous-même le plus tôt possible, à juger des avantages et des inconvénients, en faisant causer les personnes de votre connaissance; puis, si cela vous convient, je parlerai à l’évêque de façon à ce que quand il n’approuverait pas, je pusse ne pas tenir compte de son avis; s’il approuve, au contraire, je lui demanderai son appui. Puis, je m’adresserai à Lyon à l’abbé de Serres, dont la soeur pourtant est supérieure d’un des Sacré-Coeur, et dès lors sera peu de vos amis. Mais enfin si la Mulatière n’est pas du même côté, il y aura moyen de s’entendre(3). Un pensionnat à Lyon me paraît une bonne chose, et je vois tout de suite quelqu’un de la bonne compagnie de Lyon à vous donner pour trait d’union. Enfin, en s’en occupant un peu activement, je crois que l’on peut réussir, et la position de Lyon serait bien à désirer.
J’ai été appelé chez le juge d’instruction pour un procès qu’on fait au Monde, au sujet de mon speech à l’évêque. J’ai parlé clair et net, mais ce qu’il y a de bon, c’est que le cardinal Gousset va y être fourré. Je ne l’ai pas nommé, mais j’ai déclaré au juge d’instruction que s’il allait au fond des choses, il trouverait un cardinal; que dans tous les cas s’il faisait condamner le Monde, j’attaquerais le Constitutionnel(4).
Je pars dans quelques heures pour Alais(5) et je vous quitte, mais auparavant je veux vous dire que je serai à Paris dans les premiers jours de février, que j’y resterai peu, et que si vous voulez, nous pourrons aller ensemble visiter Lyon; à moins que vous ne préfériez que j’aille voir vos filles de B[ordeau]x, auquel cas je visiterai Lyon en allant à Nîmes par Paris.
Tout vôtre en Notre-Seigneur.

