J’arrive de B[ordeau]x(1), ma bien chère fille. J’espérais presque trouver ici une lettre de vous, mais peut-être avez-vous été retenue à Lyon plus que vous ne pensiez. La maison de B[ordeau]x irait bien, si Soeur M. de Jésus(2) n’y était pas et si Soeur M.-B[ernard], au lieu de passer des heures et des heures avec les Soeurs, priait un peu plus et se reposait plus avec le bon Dieu et moins avec ses filles. Soeur Jeanne-Marie et Soeur M.-Marthe sont dans les plus parfaites dispositions. Il n’en faut pas plus pour que la maison marche admirablement, quand Soeur M. de Jésus en repartira. Celle-ci me fait l’effet d’être si parfaitement à côté de la question soit dans ses plaintes, soit dans sa justification, que j’ai cru inutile de disputer avec elle. Soeur M.-B[ernard] en a d’elle par-dessus les yeux. Je la crois un membre non seulement inutile mais dangereux pour B[ordeau]x. Quant à elle, elle est parfaitement résolue de n’avoir aucune confiance en sa supérieure locale par un motif assez plausible, c’est que celle-ci passant un temps énorme à se dégonfler avec ses Soeurs, dit sur le compte des unes et des autres des choses qui finissent par être désagréables. Soeur M. de J[ésus] ne veut pas s’exposer à ce que par le fait de son ouverture on en dise jamais sur elle. Le reproche fait sur ce chapitre à Soeur M.-B[ernard] me semble fondé, mais elle est pour le moment si bien disposée qu’il me paraîtrait dangereux de lui faire des observations directes. Le meilleur est, ce me semble, de lui conseiller de donner plus de temps à la prière.
J’ai passé ma matinée à causer avec l’évêque de Poitiers. Je n’ai pu voir M. Gay, quoique je sois allé le chercher(3).
Laissez-moi vous dire combien je suis attristé de nos dernières conversations. Est-ce que nous sommes destinés à nous faire souffrir ainsi l’un l’autre? Si telle est la volonté de Dieu, il n’y a qu’à courber la tête, mais il me semble qu’en travaillant pour sa gloire, nous pouvons bien chercher à écarter certains nuages qui finiraient par troubler notre vue dans l’accomplissement de nos devoirs.
Adieu, ma chère fille. Je désire bien ne pas vous être froid, je vous l’assure, et tout ce qui me fournira l’occasion de vous être aide, appui, soulagement, sera bien bonne chose pour moi, croyez-le bien(4).

