Ma chère fille,
Je craignais de ne pouvoir vous écrire, ce soir; j’ai une minute, j’en profite. Je me persuade que les poursuites dirigées contre moi n’aboutiront pas. Les magistrats sont furieux de la situation où les met le préfet, sans compter qu’il faudrait faire cesser une série de vexations, que la police inflige à la population et qui finiront par l’irriter considérablement.
Je crois qu’en passant, les premiers jours, quelques petites rudesses à Mlle de Rob[ernier], on trouvera sous l’écorce un peu fruste une grande générosité d’âme, beaucoup d’esprit de foi et d’obéissance. Elle est, à cause des vexations de sa mère, dans une excitation nerveuse qui se calmera, mais à laquelle il est bon de faire attention. Hélène(2) va entrer sous très peu de jours. Il faut tenir compte de la tête de sa mère.
Les nouvelles de Sorrèze(3) me paraissent déplorables, et je doute que nous puissions en tirer profit. Nous en laissera-t-on le temps? Adieu, ma fille. Mille fois vôtre en Notre-Seigneur.

