Ma bien chère fille,
Je vous suppose encore à Paris, car il fait ici si mauvais temps! Vous comprenez que ce que vous avez fait pour le P. Brun est bien fait. Pourtant, en principe, s’il peut être bon dans l’intérieur d’une communauté de revenir sur les choses décidées, avec les hommes, surtout dans la situation du P. Brun, il peut y avoir de graves inconvénients à lui dire de partir, ne pas accepter ses retards volontaires, comme je l’ai fait sur votre demande, pour lui donner ensuite des contre-ordres(1). Il en abusera pour se plaindre, tenez-le pour sûr. Avec les hommes, il y a [de] très grands inconvénients à vouloir dans un sens, et puis dans l’autre.
Quant à M. Eymard(2), si vous pouvez vous entendre, ce sera fort avantageux. Voilà les Oratoriens qui vous lâchent tout à fait, car les occupations du P. Dalgairns sont un honnête prétexte(3). Qui mettrez-vous à la place comme influence extérieure? Le Parquet a grande envie de me laisser tranquille. Je pense que l’affaire est tombée dans l’eau. Je ne dis rien à la famille de Soeur M.-Cath[erine](4). Juliette partirait pour Paris, elle a envie d’aller à Rome. Votre petit prieuré me fait l’effet de bien marcher. Hélène Bolze entrera de lundi en huit; c’est décidé. Hélène Sabran écrit à sa mère des lettres désolées. L’épreuve de Soeur M.-Car[oline](5) est un peu rude pour elle, mais ce n’est pas un mal.
Adieu, ma fille. Je plie cette lettre de façon à ce qu’on puisse l’envoyer en Angleterre, si vous n’êtes pas à Paris(6). Tout vôtre, comme vous le savez. Il me semble que je veux me convertir.

