Je crois répondre dans votre sens à la lettre de Soeur M. Wilfrid. Je ne suis pas fâché de certaines expressions que j’y mets à dessein.
Il me sera très pénible de n’avoir pas tous nos religieux utiles du Chapitre pendant deux mois. Entre une retraite, où le confesseur ordinaire sera absent, et une réunion de religieux qui veulent donner une forme définitive à leur Congrégation, mon choix n’est pas douteux. Cependant je m’en rapporte au P. Picard, en lui laissant la conséquence de sa détermination sur la conscience. Je comprends que vous plaidiez pour vos filles, mais ne trouvez pas mauvais que je tienne au quart du temps que doit durer notre réunion.
L’horizon de nos oeuvres semble s’étendre. Faut-il s’y laisser aller, comme pour les propositions anglaises? Faut-il se restreindre? Faut-il attendre? Plusieurs jeunes gens se présentent. Quelle forme donner au noviciat? Quelles ressources lui consacrer? Quelle ligne adopter en face des propositions du Saint-Père? Il faut entrer dans ses idées, mais dans quelles proportions pour n’être pas imprudents, le Saint-Père n’étant pas tenu de savoir toutes nos misères. Comment établir la régularité dans la maison de Paris? Quel moyen pour assurer l’avenir de la maison de Rome? Comment surtout remettre de l’unité dans les têtes et les sentiments, au moment où la réunion avec les Polonais implique des devoirs tout nouveaux(1)? Il faut que nous soyons plus un que jamais. Cela ne peut se faire que par la vie passée q[uel]q[ue] temps sous le même toit. Deux mois ne sont pas trop.
Je fais arriver le Fr. Vincent [de Paul], parce que, bien qu’il n’ait pas voix au Chapitre, il pourra nous fournir les plus heureuses idées sur la vie a Rome et sur bien d’autres choses. Je vais dans ces deux mois le faire ordonner, s’il se peut, sous-diacre et diacre, de façon à ce qu’il soit prêtre à Noël.
Seriez-vous assez bonne pour me faire envoyer tout ce que le Comité bulgare a publié sur l’Orient, et l’ouvrage de M. Pitzipios sur les Eglises orientales(2)? Je vous dirai tout bas qu’à Rome on se défie du Comité bulgare de Paris, et surtout de l’oeuvre des Ecoles d’Orient. On croit que M. Lavigerie veut en faire un instrument d’ambition personnelle et d’influence gouvernementale et diplomatique(3). Il faudra peut-être voir de créer q[uel]q[ue] chose à côté. Toutefois, je vous prie de dire au P. Picard de voir le P. Pétetot, en qui j’ai pleine confiance, et de se procurer par lui tous les renseignements possibles, sans s’engager le moins du monde.
Je bénis Dieu du résultat de votre retraite. A l’opposé de ce que vous me reprochez, je vous trouvais depuis q[uel]q[ue] temps d’une merveilleuse sagesse humaine; mais je ne sentais pas le souffle de Dieu dans votre vie. J’espère que votre retraite l’y aura ramené, comme il convient à une religieuse fondatrice de Congrégation.
Adieu, ma fille. Tout vôtre en N.-S.

