Ma chère fille,
Je pense que si Sedan est pour vous une dépense, après certains procédés qui en font prévoir bien d’autres(1), dès que le cardinal sera mort vous pouvez parfaitement vous retirer. J’ai eu q[uel]q[ues] détails qui me prouvent qu’on n’a pas grand’chose à attendre de ce côté-là. Ainsi je reviens tout à fait sur l’obstination avec laquelle je vous avais engagée à rester dans un pays, où un jour vous aurez des ennuis. C’est à Rome que l’on m’a parlé de Reims. Je crois que c’est le P. Gaultier(2), dont le dévouement au card[inal] est sans borne, mais qui ne se fait pas illusion sur son entourage.
Quant au monastère des Carmélites, je sais qu’il est d’un luxe de matériaux très grand, mais je crois que votre situation à Lyon est bien préférable à celle de Fourvières, croyez-le bien(3). Quand donc me donnerez-vous, vous et vos filles, le quart des sujets que je vous envoie? Je ne pense pas que de longtemps nous puissions aller en mission, et je vous avoue que si nos plans orientaux réussissent, je ne vous proposerai de vous établir à Constantinople que quand je n’y verrai que des facilités. Il faudrait toute une conversation pour vous expliquer pourquoi le card[inal] Wise[man] vous a parlé de l’oeuvre des Bulgares, comme il l’a fait. C’est Talbot et Howard qui le poussent(4). Ce dernier retarde son voyage de dix à douze jours: c’est lui qu’il faut faire parler.
Adieu. Tout vôtre en Notre-Seigneur.

