Mon cher ami,
Je commence par vous prier d’écrire plus lisiblement. La lecture de vos lettres m’a fait prendre les plus belles résolutions pour mon écriture. Peut-être en viendrai-je à bout, ne fût-ce que pour vous donner l’exemple.
Vous voilà arrivé. J’ai su que vous étiez attendu avec empressement. Profitez des bonnes dispositions que l’on a pour vous, mais n’en abusez pas. Si vous pouvez trouver quelques personnes qui, voulant se faire prêtres, comprennent assez le français pour profiter de vos leçons, donnez-leur des principes théologiques tant que vous pourrez. Vous pouvez rendre de très précieux services, mais pour l’amour de Dieu préparez vos plans et voyez la clarté que vous devez y mettre.
J’écris par le même courrier à Mgr Hassoun. Ne décidez rien par rapport au lieu où nous pourrons nous établir définitivement. Laissez-moi vous faire une petite récapitulation du résultat de votre voyage à Rome.
1° Cela vous a fait arriver quinze jours plus tard à C[onstantino]ple.
2° Vous n’avez pas su préciser le jour de votre départ en demandant votre audience; d’où il est résulté que vous n’avez vu le Pape que pour en avoir un refus(2).
3° Vous avez demandé de prendre le rit oriental. – Ajourné à C[onstantino]p[le].
4° D’être missionnaire apostolique. – Refusé.
5° D’exercer la médecine. – Refusé.
Je ne vous dis pas cela comme reproche, mais pour vous prouver que j’avais raison de ne pas tenir à ce que vous passiez par Rome; et, une autre fois, quand je vous témoignerai un désir, vous comprendrez que j’ai quelques raisons de vous donner une direction plutôt qu’une autre. Maintenant, vous comprendrez la nécessité d’acquérir de la tenue. On n’a pas l’air d’y toucher, mais on observe, et vous ne trouverez pas seulement de saints amis capables de vous apprécier par votre fond, qui est excellent, vous serez au milieu de personnes peu bienveillantes. Je ne vous dis pas d’être fin ni habile. Vous ne le serez jamais. Je vous dis d’être saint et de faire de votre tenue la plus importante de vos mortifications.
Offrez mes hommages à Mgr Brunoni, mes compliments à Pierre [Baragnon]. Adieu, cher ami. Tout à vous de tout coeur(3).

