DERAEDT, Lettres, vol.4 , p. 199

25 feb 1863 Constantinople AA_ROME

Constantinople. – Mgr Brunoni le traite à merveille. – Une poudre contre le rire du P. Galabert. – Il n’ira pas à Jérusalem. – Le P. Galabert va se rendre en Bulgarie: projets d’avenir. – L’Autriche et la Pologne.

Informations générales
  • DR04_199
  • 1921
  • DERAEDT, Lettres, vol.4 , p. 199
  • Orig.ms. ACR, AG 66; T.D. 27, n. 66, pp. 55-56.
Informations détaillées
  • 1 BULGARES
    1 CLERGE NATIONAL ORIENTAL
    1 GRECS
    1 IGNORANCE
    1 JUIFS
    1 REVOLUTION
    1 TURCS
    1 VOYAGES
    2 BRUNONI, PAOLO
    2 GALABERT, VICTORIN
    2 KAJZIEWICZ, JEROME
    2 PROKESCH-OSTEN, ANTON VON
    2 SAUGRAIN, HIPPOLYTE
    3 AUTRICHE
    3 BULGARIE
    3 CONSTANTINOPLE
    3 JERUSALEM
    3 POLOGNE
    3 ROME
  • AU PERE VINCENT DE PAUL ET AUX RELIGIEUX DE ROME
  • AA_ROME
  • Constantinople, 25 février 1863.
  • 25 feb 1863
  • Constantinople
La lettre

Dialogue:

Mon Père, que faites-vous depuis quatre jours que vous êtes à C.ple, autrement dit Constantinople?

– Mes enfants, j’observe.

– Mon Père, qu’observez-vous?

– Mes enfants, la neige qui tombe, la boue des rues, les chiens morts et les chiens vivants, la crasse des Turcs, des Grecs et des Juifs, l’absence de pavé, la multiplicité des casernes, les maisons en murs de bois et en portes de fer, des évêques qui brodent, des femmes qui disent leur chapelet quand je prêche, des gens qui ne savent pas le français et qui viennent au sermon, des gens qui le savent et qui n’y viennent pas, le sultan qui change d’avis comme de chemise, un despotisme apparent, une liberté plus grande qu’en France, un clergé composé de douze ou quinze nations, une ignorance assez grande chez les Latins, plus grande chez les Grecs catholiques, mille fois plus grande chez l’ensemble des schismatiques.

– Mon Père, que concluez-vous?

– Mes enfants, vous êtes bien curieux. Je ne conclus rien, j’observe.

Ici finit le dialogue.

Donc vous savez, mes chers enfants, que je n’ai pas trop souffert les deux premiers jours, que le troisième et les autres, j’ai été à merveille; mais en arrivant à C.P. quel froid! C’était affreux. Mgr Brunoni me traite à merveille. Le P. Galabert rit toujours. Si vous trouvez à Rome quelque poudre pour l’empêcher de rire, vous me rendriez grand service de l’envoyer. Il y a positivement à Rome de la poudre contre les puces, peut-être y aura-t-il de la poudre contre le rire du P. Galabert? Bonsoir, mes enfants.

E.D’ALZON.

Le P. Vincent de Paul.

Cher ami, je redeviens sérieux un tout petit moment pour vous dire que je compte être à Rome la seconde semaine après Pâques. Décidément, il faut renoncer au voyage de Jérusalem. On ne peut tout faire à la fois, et l’affaire de Constantinople est assez sérieuse pour nous en occuper exclusivement.

Le P. Galabert va partir pour la Bulgarie; il passera quinze jours ou trois semaines; après quoi il reviendra. Nous lui trouverons une petite maison à louer(1). Là il recevra les jeunes Grecs ou Bulgares qui voudront se consacrer à notre oeuvre; il les gardera quelque temps et puis les enverra en France, s’il les trouve capables; sinon, il les renverra chez eux. Cela fera qu’arrivés, ils ne seront pas comme les petits Syriens. Plus tard, nous aurons une maison à Constantinople, mais ceci est une question à examiner plus tard. En procédant ainsi avec une certaine lenteur, j’espère que nous arriverons à quelque chose de plus sûr.

Veuillez dire au P. Jérôme que M. Proketch (2), l’ambassadeur d’Autriche, causant dimanche soir avec quelqu’un qui lui parlait de l’extension de l’insurrection polonaise, lui dit en lui frappant sur les genoux: « Il n’y en a pas encore assez ». D’où la personne qui me rapportait ce mot et chez qui il avait été prononcé concluait que l’Autriche fait des voeux pour la Pologne.

Adieu, cher fils. Totus tibi in Christo.

E.D'ALZON.
Notes et post-scriptum
1. "C'est du moins le plan actuel du P. d'Alzon", écrit prudemment le même jour au même, le P. Galabert. Le lendemain, au P. Hippolyte, il parlera des "futurs projets actuels" du P. d'Alzon.
2. [Le comte Antoine de Prokesch-Osten (1795-1876) ambassadeur d'Autriche auprès de la Sublime Porte et écrivain distingué. - Note ajoutée en avril 2000].