Monseigneur,
Votre lettre du 9 juin m’est arrivée au moment où je revenais de Marseille prêcher l’oeuvre des Ecoles d’Orient, au profit de Constantinople. J’ai parlé à l’église de la Trinité et dans deux réunions d’hommes, mais l’été tout le monde est à la campagne, et, bien qu’il y eût un assez bel auditoire, on eût pu en avoir davantage pendant l’hiver. C’est ce qui m’a décidé à suspendre mes courses jusqu’au mois de novembre, excepté pour les retraites ecclésiastiques. J’espère que peu à peu l’Orient sera mieux connu et plus secouru. Il est fâcheux que tout l’intérêt se dirige vers le Liban. Un peu de persévérance nous permettra de mieux faire apprécier la situation de Constantinople.
Je n’ai jamais pensé imposer la moindre charge au Vicariat apostolique. En parlant d’un séminaire, je ne demande que l’appui moral de Votre Grandeur. En dehors de ce que j’y mettrai de ma bourse, ce sera à moi à me procurer les ressources pour faire vivre cet établissement(1).
Quant à l’érection du patriarcat, je sais que le Pape est découragé par l’opposition de la France. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à cette idée. Nous aurons avant peu une révolution en France; elle est dans l’air, tout le monde est exaspéré. Si elle arrive, comme elle arrivera un peu plus tôt un peu plus tard, pourquoi Rome ne profiterait-elle pas de ce bouleversement inévitable pour poser cette institution au moment où d’autres préoccupations empêcheront qu’on y fasse trop attention?
La question du chapitre(2) m’avait été indiquée par le card[inal] Barnabo; je n’en ai parlé que pour mémoire.
Est-ce que Don Andrea aurait eu occasion de s’aboucher avec les Jésuites pour un établissement à Cadi-Keuï(3)? Il m’en revient quelque chose par ma correspondance de Rome. Je voudrais le savoir, car alors bien assurément je ne songerais pas à leur disputer le terrain.
J’ai mis en vente d’assez considérables propriétés, j’ai eu encore ce matin un entretien avec une des personnes chargées de vendre en détail. La construction du chemin de fer met un peu en retard cette affaire, à cause de la plus-value considérable qu’on peut espérer, mais je compte toujours arriver, un peu plus tôt un peu plus tard, à un beau résultat.
Rome paraît en ce moment très opposée à l’érection de l’archevêché de Chalcédoine, et il faudra bien du temps avant d’obtenir l’institution canonique.
Je vous remercie du conseil que Votre Excellence me donne pour notre établissement à Philippopoli(4). Il est évident que les Dames de l’Assomption n’iront en Orient qu’après nous, mais ayant pris la résolution de penser tout haut devant Votre Excellence, je tenais à lui communiquer tous nos projets, quelque éloignée qu’en fût la réalisation(5).
On a, à Rome, quelques préventions sur la jeunesse de Mgr Malczinski. Si vous le voulez pour évêque, il faut le demander avec instance.
Je prie Votre Excellence d’être convaincue que ma grande préoccupation est de lui être bon à quelque chose et de travailler par moi ou par les miens à l’oeuvre de l’Orient, sous la direction d’un prélat aussi éclairé que l’est Votre Grandeur.
Je suis avec respect, de Votre Excellence, le très humble et obéissant serviteur.

