DERAEDT, Lettres, vol.4 , p. 328

21 jun 1863 Nîmes BAILLY_VINCENT de Paul aa

Il lui envoie sa lettre pour le cardinal. – Informations à communiquer à ce dernier concernant la situation politique en France, l’affaire Galeran et l’évêque de Montpellier. – Précisions à donner au même sur son mémoire et ses projets sur l’Orient. – Questions à poser à Rome à propos de l’admission au noviciat et de sa durée.

Informations générales
  • DR04_328
  • 2029
  • DERAEDT, Lettres, vol.4 , p. 328
  • Orig.ms. ACR, AG 81; D'A., T.D. 27, n. 81, pp. 78-80.
Informations détaillées
  • 1 CONGREGATION DE LA PROPAGANDE
    1 DECRET "REGULARI DISCIPLINAE" AUX ASSOMPTIONNISTES
    1 ECOLES
    1 EXAMINATEURS DES CANDIDATS ASSOMPTIONNISTES
    1 FETE-DIEU
    1 MAITRESSES
    1 NOVICIAT DES ASSOMPTIONNISTES
    1 POLITIQUE
    2 BARNABO, ALESSANDRO
    2 BRUNONI, PAOLO
    2 CHAILLOT, LUDOVIC
    2 GALABERT, VICTORIN
    2 GALERAN, HENRI
    2 GALLOIS, AUGUSTIN
    2 GUEROULT, ADOLPHE
    2 LECOURTIER, FRANCOIS
    2 NAPOLEON III
    2 PIE IX
    2 ROUET, ADOLPHE-AUGUSTE
    2 SVEGLIATI, STANISLAS
    2 VAILHE, SIMEON
    3 CONSTANTINOPLE
    3 KADI-KOY
    3 MONTPELLIER
    3 ORIENT
    3 PARIS
    3 ROME
  • AU PERE VINCENT DE PAUL BAILLY
  • BAILLY_VINCENT de Paul aa
  • Nîmes, 21 juin 1863.
  • 21 jun 1863
  • Nîmes
La lettre

Cher fils,

Ma lettre au cardinal est-elle comme il vous la faut? J’ai tâché de la faire, selon votre dépêche(1). En voyant le card[inal], dites-lui que:

1° Tout le monde ici s’attend ou à un coup d’état de la part de l’empereur, ou à une révolution. A Paris, tout le monde est exaspéré. Six mille catholiques ont voté pour Guéroult, en haine de la citation de 7 évêques devant le Conseil d’Etat. Ajoutez que, s’il a entendu parler de l’affaire Galeran, il est bon de savoir à Rome qu’en ce moment Galeran, vexé de ce que Rome ne fait rien pour lui, se tourne vers le gouvernement, du moins je le crois. Le préfet de Montpellier(2) lui fait toutes sortes d’avances:

1° Il lui a envoyé de lui-même une relique et son traitement que Galeran ne songeait pas à réclamer;

2° Il lui a fait proposer de porter son affaire devant le Conseil d’Etat. Jusqu’à présent Galeran a refusé. Résistera-t-il toujours? Si Rome continue à se taire, je le désire plus que je ne l’espère.

3° Le préfet vient de lui faire témoigner le désir de le voir. Que sortira-t-il de là? Je l’ignore.

4° En ce moment, il y a à Rome un prêtre, M. Rouët, du diocèse de Montpellier, qui poursuit une affaire analogue à celle de Galeran. Il ne faudrait pas qu’on lui donne raison, sans faire quelque chose pour le premier frappé.

Voici le dernier tour de l’évêque de Montpellier aux autorités de sa ville épiscopale. Le matin de la Fête-Dieu, le général de division fait demander si l’évêque fera la procession. Réponse affirmative. Les autorités se rendent à la cathédrale. L’évêque vient en crosse et en mitre, dit une messe basse, reprend sa mitre et sa crosse, salue les autorités et rentre chez lui. Les principaux fonctionnaires voulaient se retirer. Ce fut le premier président, qui les engagea à rester à cause du peuple; mais ceci ne se pardonne pas. – Vous pouvez dire ceci au card[inal] et à Chaillot.

Quant à mon mémoire, dites au cardinal que je comprends fort bien que la cour de Rome ne puisse traiter en France la question du patriarcat. Mais on peut la faire venir de loin, en y préparant les esprits. A présent que je connais la pensée du Pape, j’irai de l’avant. Déjà j’en ai fait parler et j’en ferai parler dans les journaux. J’en parlerai moi-même dans mon discours de la distribution des prix, et je le ferai reproduire dans plusieurs journaux catholiques. Une controverse s’engagera probablement; je la ferai soutenir, et l’idée fera son chemin. Voilà mon plan, à moins que de Rome on ne me ferme la bouche(2).

Dites encore que je prépare pour le printemps prochain une Ecole normale pour des maîtresses d’école gréco-bulgares. J’ai déjà quelques Françaises disposées à donner ce mouvement. On m’enverra quelques jeunes personnes de Constantinople. C’est, du moins, ce que me promet Mgr Brunoni dans sa dernière lettre. Quand le noyau sera bien formé, nous irons à Constantinople pour implanter l’oeuvre.

Il n’est pas étonnant que Mgr Brunoni n’ait rien écrit sur ce que je dis dans mon mémoire; nous l’avions à peu près rédigé ensemble(3). Seulement à Rome, je l’ai délayé sur la demande du cardinal. Brunoni demandait la Congrégation générale que le Pape vient d’accorder; il voulait que j’y fusse entendu. On a différé, je suis parti. Tâchez dans vos notes d’insinuer que si l’on m’avait témoigné le désir de m’entendre, je serais resté.

Tâchez, quand le cardinal s’étonne des lenteurs de Brunoni, de faire ressortir l’utilité d’avoir à Constantinople un agent comme le P. Galabert, et demandez si l’on désire que l’an prochain j’envoie quelqu’un qui puisse suivre l’affaire à Rome, comme vous le faites.

Si avec votre prudence, votre habileté, votre sagacité, votre tact, etc., vous pouviez obtenir une réponse de Chaillot sur une question épineuse, vous me rendriez un grand service. Le décret Regulari disciplinae parle de 8 examinateurs provinciaux et de 8 examinateurs généraux pour l’admission à la prise d’habit, ou quand on est trop peu nombreux, de 4 et de 4. Dans le décret qui nous concerne, on nous en permet 4. Mais est-ce 4 en tout, ou 4 et 4? Dans le premier cas c’est bien; mais dans le second, où trouver les 8? Egalement on n’a pas fixé que nous n’aurions qu’un noviciat. Si nous nous soumettons à cette règle, le noviciat de votre frère et du Fr. Augustin ne serait pas valide. Peut-être vaut-il mieux se taire là-dessus.

Si vous voyez Mgr Svegliati, ne pourriez-vous pas lui insinuer qu’au lieu de mettre: deux ans dans le noviciat, on ferait mieux de mettre: un an dans les épreuves ascétiques du noviciat et un an dans les exercices de la vie active des collèges ou autres? Cela me semblerait bien préférable; car alors j’accepterais bien volontiers quelques mois de postulat passés dans la maison avant de prendre l’habit.

Je ne vous écrirai plus et je m’en réjouis. Si vous deviez ne pas partir, écrivez un mot de bric ou de broc, afin que je sache ce que vous devenez. Adieu, très cher. Je vous quitte et vous embrasse tous tendrement. Mille fois vôtre.

E.D'ALZON.
Notes et post-scriptum
1. La veille, le P. Bailly avait prié par dépêche le P. d'Alzon d'adresser au card. Barnabo pour lui, Vincent de Paul, une demande officielle du titre de missionnaire apostolique. La lettre au cardinal dont il est question ici est cette demande. Le P. Vailhé y voyait la *Lettre* 2038.
2. [Joseph-Marie Pietri (1820-1902), Préfet de l'Hérault de janvier 1861 à novembre 1865 - note ajoutée le 19 avril 2001]
3. Le pape avait eu, en effet, six ans auparavant, l'idée de créer un patriarcat latin à Constantinople, mais l'opposition de la France la lui avait fait abandonner. Le P. d'Alzon, on le voit, estime que cette opposition pourrait ne pas durer toujours et compte bien mener campagne en ce sens. Mais il ne se demande pas si Pie IX tient toujours à cette idée. Pourtant ce que Vincent de Paul lui a rapporté à propos de l'archevêché de Chalcédoine aurait dû le faire réfléchir: l'érection en a été repoussée par le pape il y a peu, dans la crainte de donner à croire aux Orientaux qu'on veut les latiniser, et Vincent de Paul a ajouté: "Cette crainte est d'ailleurs en opposition avec la pensée du Saint-Père, il y a six ans, de créer le Patriarcat" (v. *Lettre* 2027, n. 2).
4. Mais Mgr Brunoni a préféré que ce soit le P. d'Alzon qui y appose sa signature...