Ma chère fille,
J’ai eu hier une bonne conversation avec Soeur M.-Aug[ustine]; elle est disposée à faire tout ce qu’on voudra, à rester ou à partir tout comme vous le déciderez. Maintenant vers quoi voulez-vous que je la pousse? Veuillez décider la chose. Du reste, je ne puis que me féliciter de la décision que nous avons prise de lui ôter le pensionnat. Dans les huit jours que j’ai passés au prieuré pour la retraite(1), j’ai vu toutes les plus grandes: il y a la différence de la nuit au jour pour l’air de satisfaction, l’ouverture et les bonnes dispositions. Malgré ses appréhensions, Soeur M.-Gabrielle fait réellement à merveille jusques à présent.
Le frère de Soeur Fr[ançoise]-Eugénie a été très souffrant d’une fluxion de poitrine. Heureusement elle n’a rien su que quand le danger a été passé.
Je souffre de votre tristesse. J’en éprouve aussi parfois, mais Notre- Seigneur me pousse tellement à lui que je me trouve un grand misérable de me replier sur moi-même pour penser à moi, me réjouir ou m’affliger de quoi que ce soit, excepté de ce qui l’afflige ou le glorifie.
Je pars le 23 pour Avignon; de là j’irai à Perpignan et je serai absent vingt jours environ.
Adieu, ma fille. Tout vôtre en Notre-Seigneur.

