Cher ami de mon coeur,
Où suis-je? A Perpignan. Qu’y fais-je? Deux sermons par jour, bientôt trois. Jusqu’à quand? Jusqu’à mardi. Quel est mon auditoire? Le matin 60 à 80 hommes; le soir, 1er jour, 300; 2e jour 600; 3e jour 700 à 800; peut-être j’exagère. Hier soir, les savants m’ont trouvé obscur pour le peuple, le peuple trouvait que c’était magnifique: on dit que c’est parce qu’il n’y comprenait rien. « Où prêchez-vous? « Le soir, à la Cathédrale, vaisseau d’une seule nef, deux fois grand pour le moins comme la cathédrale de Nîmes; dans une chaire, où l’on peut faire une assez jolie promenade d’un bout à l’autre. Le matin, dans une chapelle. « Où logez-vous? « Au séminaire. « Où mangez-vous? « Chez Amouroux, qui est bien le plus excellent garçon de la terre, qui fait un bien infini. « Etes-vous fatigué? « Pas trop, sauf que ma main retremble. « Qu’est-ce qui vous frappe? « Les orangers en pleine terre, chargés de fruits. J’ai mangé des oranges du jardin de ville d’Amouroux et des fraises de son jardin de campagne. « Jusqu’à quand prêchez-vous? « Jusqu’au 8 décembre. »(1)
Si vous voyez le Père Laurent, provincial des Capucins, dites-lui que M. Amouroux m’a mis en main les pièces nécessaires pour forcer l’évêque à donner à ses religieux une belle maison en ville. Du reste, il est au courant de l’affaire, mais je dois attacher le grelot. Addio, bien vôtre.

