Mon bien cher ami,
Je ne puis vous dire le plaisir que m’a fait votre lettre. Par les détails de ferveur que vous m’y donnez, je vois avec bonheur que vous formez une petite communauté fervente, et j’en bénis Dieu du fond de l’âme. Quand vous recevrez cette lettre, vous serez bien près du jour de Pâques, et, par conséquent, j’espère que les fatigues de vos deux Frères seront entièrement dissipées. Dites au bon Frère Augustin combien nous prions pour lui et combien nous demandons qu’il soit un saint religieux et un saint prêtre(1). J’attends deux novices de C[onstantino]p[le]. J’espère qu’ils seront aussi bons que le P. Jérôme, lequel nous édifie très véritablement par sa piété, son obéissance, sa disposition à développer en lui l’esprit de foi.
Que vous dirai-je de Nîmes? Le carême me fatigue assez. Je prêche, cette semaine, tous les soirs à Sainte-Perpétue; ce qui m’écrase. Aussi, après Pâques, aurai-je besoin d’un peu de repos. Si la guerre éclate, comme l’on nous en menace, sur le Danube, je ne pourrai exécuter mon projet d’exploration, et alors vous comprenez que mon voyage sera différé jusqu’à la paix. Si, au contraire, la guerre ne se fait pas, ma barbe m’oblige à aller vous voir. Cette chère barbe est devenue magnifique. Quant aux Soeurs de l’Assomption, c’est M. Vernazza qui les a engagées à s’établir de préférence à Philippopoli(2). Je suis convaincu que si cette ville renferme de riches schismatiques, leurs filles arriveront bientôt à ces dames.
Le P. Brun a des ennuis avec Mgr Quinn au sujet de la perception de la dîme, que ce bon évêque voudrait introduire. Tout cela m’ennuie un peu. Bénissez Dieu de ne pas être dans tous ces ennuis(3). Je ne saurais trop vous encourager dans vos travaux. Il importe que vous les continuiez. Si Malczinski veut nous venir, qu’il soit prudent(4). Je ne craindrais pas de le demander au Pape, surtout s’il a pris le rite bulgare et s’il le conserve. Mme Boyer veut vous écrire; Mme de Narbonne, que j’ai vue ce matin, également. Ils ont bien des misères, ces pauvres Narb[onne]; Aimery est à Paris pour se marier et reviendra comme il était venu.
La maison marche bien, le noviciat pas mal.
Adieu, bien cher ami. On vous prépare des choses admirables, me dit-on. Je voudrais, qu’on pût faire des prodiges pour vous. Enfin, courage!
Totus tibi et tuis fratribus.

