Ma bien chère fille,
Je vous sais à Paris, par la lettre de B[ordeau]x que vous m’avez adressée. Nous prions et nous prierons pour cette bonne Soeur Dominique(1). La situation à B[ordeau]x s’améliore donc. Je vous promets de faire ce que je pourrai pour y soutenir Soeur M.-Gonz[ague], si mes lettres y peuvent quelque chose.
Voici maintenant un singulier projet. Trois personnes qui ne font pas partie de l’oeuvre des adoratrices, mais qui voudraient en faire partie, voudraient avoir l’adoration perpétuelle et une maison. Je leur ai fait dire qu’elles pourraient employer leur argent, 150.000 francs, soit à bâtir la chapelle du prieuré, soit à bâtir dix à douze cellules dans un corps de bâtiment que l’on construirait dans le jardin potager, de façon qu’elles auraient leur jardin à elles séparé de celui de la communauté, leur entrée à elles, seulement la chapelle commune. La situation de la future cuisine ferait qu’on pourrait les nourrir, ce qui leur serait une économie.
Pensez-vous que je doive poursuivre cette idée? Ce seraient, à proprement parler, des dames pensionnaires soumises à une règle. Le plus curieux, c’est qu’elles voudraient la messe et [les] vêpres chantées tous les jours; elles ont un prêtre à leurs ordres pour cela. Si les religieuses ne faisaient que laisser faire, je n’y verrais pas un grand inconvénient. Enfin, répondez-moi, je vous prie, un mot pour savoir votre pensée là-dessus(2). Quant à moi, j’y verrais le très grand avantage de pousser certaines personnes des adoratrices à l’Assomption.
Je vous préviens que j’accepte très rondement vos mea culpa(3). Ah, ma chère fille, je ne suis pas assez mauvais pour vous reprocher ce que vous avez fait souffrir à votre père. Mais puisque vous vous en doutez à présent, soyons désormais franchement et cordialement ce que nous devons être l’un pour l’autre, sous l’oeil de Dieu. Croiriez-vous que je suis au plus tendre avec Soeur M.-Aug[ustine]? Quelle tête! Tout vôtre en Notre-Seigneur.

