Ma bien chère enfant,
Je priais, ce matin, pour vous et je me demandais ce qu’il fallait pourtant que vous fissiez. Eh bien, je vous assure qu’il me semble y voir clair. La difficulté n’est pas là; elle est tout entière à savoir si vous vous sentez capable de devenir une fille de sacrifice, de dévouement, d’humilité et d’obéissance. Mais sous ces rapports que de combats à livrer, que d’efforts à faire!
Si Dieu veut que je vive encore quelques années, il m’est évident que je dois vous employer. Mais pour cela il faut que vous vous sentiez prête à vous donner à notre divin Maître surtout, dans la prière d’abord, puis, plus tard, dans l’action qu’il pourra vous demander pour sa gloire. Quant à moi, ma santé m’a fait faire bien des réflexions, et je dois m’imposer une foule de retranchements pour diriger mon travail vers un but plus restreint et peut-être plus pratique. Mais ces retranchements vont à me livrer davantage à ce qu’il me semble que Dieu veut de moi. Or une des choses que Dieu me demande, il me le semble du moins, c’est vous. Voulez-vous devenir une sainte? Voulez-vous m’aider à ce que je crois devoir faire pour la gloire de N.-S. et de son Eglise(1)? Quelle mesure de volonté voulez-vous garder? Quelle mesure de sacrifice voulez-vous donner? Il me semble, mon enfant, que je sais bien ce que vous devez répondre, mais aussi peut-être me fais-je illusion.
Je partirai d’ici jeudi matin pour être à Nîmes vers une heure. Ma messe de vendredi sera pour vous, à moins que vous ne préfériez celle de samedi; puis je partirai encore pour trois semaines.
Adieu, ma chère enfant. Les questions que je vous fais sont sérieuses. Dieu frappe à la porte de votre coeur. Il me semble qu’il me demande de chercher des aides, et je m’adresse à vous. Vous êtes à la campagne. Vous pouvez me répondre à Lamalou-les-Bains par Bédarieux, Hérault.
Mille choses à Augustine.

