Je comprends tous les douloureux souvenirs que l’anniversaire du 1er février doit exciter dans votre coeur, ma bien chère enfant, et je m’en veux de ne pas m’y être associé plus tôt(1). Il m’en reste, à moi aussi, une profonde impression, mais une impression de très douce confiance. Dieu a frappé un coup de justice, mais sous lequel se cachait une grande miséricorde et un pardon, auquel il a ajouté les souffrances de la terre pour mieux ouvrir les portes du ciel à une pauvre âme attardée. Prions pour elle, mais prions avec toutes les consolations de l’espérance chrétienne.
Que vous êtes bien toujours la même! Une demi-heure de conversation, en passant, avec une amie vous transporte et vous transforme, et vous avez tous les jours des heures à donner à N.-S., l’ami par excellence, et vous n’êtes ni transportée, ni transformée! O fille de peu de foi et de peu d’amour! Quand donc commencerez-vous à comprendre que la recherche de soi est une vanité, comme la recherche de toute créature, et qu’il importe par-dessus tout de se perdre dans l’oubli de tout son être en Dieu? Voyez-vous, ma fille, il faut commencer enfin une vie de sainteté, et il faut aller à toute renonciation à la plainte, au murmure par rapport aux autres, à la compassion sur soi-même. Il faut ne chercher, ne vouloir que Dieu, en tout, partout. Oh! quand ne serons-nous préoccupés que de ses vrais et éternels intérêts?
Vous avez bien fait d’être aimable pour l’abbé Imberton(2). Hélas! qu’il serait utile de lui faire un certain bien!
Quant aux Oblates, prions beaucoup. N’allons ni trop lentement ni trop vite. Pour le moment, elles sont bien où elles sont. Il ne faut pas aller au-delà de ce qui peut être utile. Ce qui importe, c’est de bien préparer leur esprit, d’en faire de vrais apôtres, et, pour cela, il faut l’être soi-même, au moins par le désir(3).
Vous avez bien raison de prier pour nos novices à venir. J’ai déjà plus d’un jeune homme en vue. Ah! si N.-S. me donnait tous ceux que je vois capables de nous venir! Ceci vous regarde un peu. Voyez donc tous les neveux spirituels, dont vous, Isabelle et Marie(4) pourriez être les tantes, si vous le vouliez bien. Croyez-moi, mettez-vous-y, priez, oubliez-vous, ne cherchez que N.-S., aimez la croix et vous deviendrez parfaite.
Adieu, ma fille. Mille fois vôtre en N.-S.

