Je reçois à l’instant votre petit mot, ma bien chère fille, et je vous en remercie du fond de l’âme. Je demande à Dieu de vous faire tout le bien que je suis capable de procurer à quelqu’un. Si vous voulez faire vos affaires à Rome(1), ne soyez pas pressée et ne faites pas la pressée. Ce qu’on veut, c’est vous voir, vous juger. Les Romains sont ainsi. Il faut les prendre tels qu’ils sont. Quant à moi, je ne serais pas surpris que vous revinssiez sans rien, mais il ne faudrait pas vous décourager. Ce qui était l’important sera fait, on vous aura vue. Puis, vous aurez formé des relations, et ce sera très précieux.
Quoique vous n’ayez pas à vous tracasser de cela pendant votre voyage, je pense que Soeur M.-Gabrielle vous aura fait part d’une conversation, que j’ai eue avec Mlle Gaidan, l’ancienne gouvernante de Soeur M.-Elisabeth, où j’ai déclaré que si l’on me consultait, je ferais rendre la relique, la fille et la dot, un [peu] plus promptement qu’on n’avait mis de temps à la compter à la Congrégation. Je pense que Marie Rogier, Marie Correnson, Angélina Chaudordy et Augustine Correnson s’acheminent doucement vers l’Assomption, mais cela ne peut avoir lieu que peu à peu. Le P. Picard croit que l’ancienne maison Lévêque(2), à Auteuil, est un peu en déroute, et que les bruits de guerre ne sont guère propres à la remonter. Ici la maison va bien pour le moment, et même très bien. Si cela durait de la sorte, je serais sûr d’une prompte résurrection.
Que je désire vous voir revenir de Rome toute transformée! Vous pouvez dater de votre visite au tombeau des apôtres l’ère d’une vie toute nouvelle.
Adieu, ma fille. Je suis un peu fatigué et je m’arrête. Mille fois vôtre en Notre-Seigneur.

