Ma chère fille,
Un détail de santé m’empêche de venir à Lyon aujourd’hui(1). Lundi j’ai l’adoration à l’Assomption, mardi une retraite(2). Je ne suis libre que le 23, car j’ai pris jour pour le 22 avec plusieurs personnes. Mais si vous ne pouvez venir, le P. V[incent] de P[aul] est tout à vos ordres, soit pour aller vous trouver, soit pour aller à R[ome]. Que je vous plains, ma chère fille, et que je prie pour vous!
Votre lettre à l’archevêque me semble parfaite et doit être la dernière pièce du Mémoire(3). Mon opinion est que vous devez conclure là votre justification. Le P. Vincent de Paul partant avec ce Mémoire, une supérieure particulière nommée à Paris, vous déclarant qu’il est impossible de rester à Auteuil en face de Soeur M.-Joseph, ou l’on cédera à l’archevêché ou vous aurez le droit et de vous tenir loin et de demander l’érection d’un second noviciat. Votre absence de Paris ne m’effraie pas outre mesure. Plusieurs fondateurs se sont trouvés en situation semblable. M. Véron voudrait-il par hasard vous empêcher de visiter vos maisons? Ceci passerait toute permission. Faites donc vos visites, mettant du temps partout.
Pendant ce temps il se fera un travail à Auteuil. Vous comprenez que la vie n’y sera pas douce par la force des choses, et, quant à moi, je prévois que Soeur M.-Joseph ne sera pas renvoyée, mais demandera de sortir(4), et après elle quelques autres. Ce sera impossible autrement. Quant à une nouvelle modification de vos règles dans le sens V[éron], je n’en ai pas la moindre peur. Il est évident que de tout ceci il résultera un bien, c’est qu’il faudra mettre dans vos règles que la supérieure g[énéra]le dépendant comme religieuse de tous les évêques, dans les diocèses de qui elle réside pour les maisons qu’elle visite ou dans lesquels elle séjourne, comme supérieure g[énéra]le relève immédiatement du Saint-Siège, afin d’éviter les ennuis qu’elle aurait avec l’évêque de la maison particulière, si celui-ci voulait à propos de cette maison trop peser sur le gouvernement général. Je suis sûr que dans les circonstances présentes cela sera parfaitement compris à Rome.
Je crois que, pour revenir au Mémoire, il est très utile de le dater de Lyon(5). Le P. V[incent] de P[aul] dira que vous vous y êtes retirée, votre séjour à Paris étant impossible. Adieu, ma chère fille. Croyez que je pense sans cesse à vos préoccupations si douloureuses, bien que la position me semble toujours excellente.

