DERAEDT, Lettres, vol.6 , p. 275

Le voyage à Ems. – Le départ de Marie Correnson. – La joie et la paix. – Voilà sept processions où je porte le Saint-Sacrement.

Ma chère fille,

Vous êtes mille et mille fois bonne de me vouloir avec vous à Ems. Je quitterai Nîmes le 31 juillet, à midi. Je serai le lendemain à Paris, ou je passerai par Strasbourg où nous pourrions nous donner rendez-vous, à moins que vous ne préfériez me précéder de quelques jours.

Marie est enfin au Vigan. Le départ a été pris par sa famille avec orage, mais moins que je ne le craignais. L’abbé Conte, confesseur de Mme Correnson, a plaidé la cause avec tact et prudence. On s’apaisera, c’est évident. Au Vigan, on est dans le ravissement. Je m’y rendrai lundi et j’espère que Dieu nous bénira. Voilà je ne sais combien de temps que Joséphine(1) est à pleurer dans mon cabinet, le tout parce que Marie est partie pour Rochebelle et que je n’ai pas confiance en elle.

Je suis heureux de vous voir prendre, devant le bon Dieu, des forces morales dans la joie et la paix. Ah! ma fille, que je vous souhaite ces dons précieux du fond de l’âme! Voici une lettre du P. Picard, arrivée à l’instant même; je vous conjure de me la renvoyer. J’ai un peu de fatigue. Voilà sept processions, où je porte le Saint-Sacrement(2). J’en suis si heureux que je suis peut-être imprudent. Je prie pour vous, ma fille. Je vous en conjure, passons nos dernières années dans cette bonne amitié, qui prend tout par le côté surnaturel et bienveillant à la fois. J’espère que vous serez contente de moi à Ems.

Mille fois vôtre.