Ma chère fille,
Ordre est donné de dissiper par la force toute manifestation qui aurait lieu à l’arrivée de Monseigneur. Cela fera, je l’espère, que cette année les candidats de l’opposition passeront aux élections du Conseil général, comme une lettre à la poste. Ne pourriez-vous pas dire aux sénateurs que vous connaissez qu’on fait fausse route, à Nîmes du moins? Par exemple, je vais patronner deux candidats protestants, parce qu’ils sont de l’opposition, et j’y suis forcé par la conduite du gouvernement envers l’évêque. Voyez un peu. Vendredi prochain, à la cathédrale, il y aura service solennel pour Maximilien(1): les autorités y seront reçues avec tous les honneurs qui leur sont dûs; le lendemain, les troupes seront commandées pour empêcher Monseigneur de se présenter solennellement dans sa cathédrale. N’est-ce pas fort? Et si les populations s’irritent, à qui la faute? Je voulais faire devant les autorités un petit speech, mais je ne le ferai pas. Je préfère avoir mes représailles aux élections.
Je reçois en même temps vos lettres du 11 et du 12. Je ne fais que réciter des Te Deum(2). Quant aux cancans, le meilleur est de parler une fois un peu ferme. Mais, croyez-moi, je ferai taire mes langues ou il leur en cuira, faites taire les vôtres(3). Et quant à nous, marchons avec une confiance que ni vous ni moi ne sommes disposés à trahir.

