DERAEDT, Lettres, vol.7 , p. 265

Pauvre Freppel! – Le budget de l’Hôtel de Ville – Keller – Les congrégations religieuses et le Saint-Siège – Latin – La retraite qu’il prêche – Sainte-Brigitte.

Ami chéri, fils bien-aimé, le plus ravissant des correspondants, vos lettres m’ont fait pâmer de rire. Pauvre Freppel! Et que dira celui qui l’envoie(1)? Savez-vous que ledit croyait exercer sur les théologiens allemands une grande influence par le chanoine Molitor? C’est du moins ce que m’avait dit en propres termes un commensal de l’archevêché. Ce détail ajoute un piquant au refus obstiné du Tudesque(2).

Ici l’on se remue autour du budget de l’Hôtel de ville. Les journaux vous en diront plus que je n’en sais. Je vois beaucoup Keller, qui a toutes les chances d’être nommé député dans la Vendée(3). Je ne croyais pas qu’il n’eut que 37 ans.

Mais ce que vous devriez faire filer – non pas par l’abbé(4), qui, sous le poids de certaines idées, repousserait ce que je voudrais que vous pussiez répéter à d’autres -, c’est qu’en ce moment, avec les dispositions du gouvernement à faire pour l’épiscopat des choix aussi déplorables, la grande force du Saint-Siège ce sont les Congrégations religieuses, et surtout les Congrégations religieuses de femmes. Que si on leur impose par force des aumôniers qui aient les idées épiscopales, peu à peu le venin gallico-gouvernemental s’étendra, et l’amour de la Papauté, le zèle pour la cause du Saint-Siège diminuera d’une façon très notable. Par ce côté, il serait très important que l’on sût où l’on arrivera avec la dictature épiscopale. J’entends par là l’absolutisme des évêques, qui, ne reconnaissant aucun pouvoir à Rome pour s’immiscer dans leurs affaires, s’immiscent, eux, de la manière la plus despotique dans les affaires des religieuses. Examinez un peu ce que vos souvenirs vous rappellent là-dessus, et vous verrez si je n’ai pas raison(5). La conclusion très évidente est qu’il faut s’arranger pour que les Congrégations religieuses s’appuient sur la Papauté, que la Papauté les protège pour qu’ensuite elle en tire des moyens puissants de défense en sa faveur.

Ah! mon Dieu! Scribendi latine proposueram, sed propositi mei oblitus prae nimia praeoccupatione, expositionis idearum mearum mihi pernecessaria videtur exercitatio seu linguâ, seu calamo, linguae latinae, ita ut condonaveris, amicissime fili, stylo meo barbaro. Sic tardius evadam accusationem nimiae barbariae. Sed nullo modo obligaris responsioni in eadem lingua, et me poeniteret multum si uti nouvelles vernaculae linguae, in quo pro ingenio tuo tam pulchre excellis(6).

Exercitia spiritualia praedico in capella nostra, et omnibus ferme diebus matrem et fratrem tuos video, seu potius vix inspicio, dum post concionem sacristiam peto.

Vale, carissime. Si non finiam antequam per multas tibi gratias coeperim pro zelo tuo in reddenda mihi ratione de valore et utilitate domus Brigitanae. Sine tua relatione perniciosum negotium forsitan tractassem et peregissem. In omnibus informationes utilissimae sunt, praesertim cum agitur de domino Drouelle(7).

Vale et memento mei.