Ma chère fille,
Merci de votre lettre, elle m’est un document précieux. Je penche bien, moi aussi, pour la jeune personne(2), mais on n’a pas voulu de la cousine germaine. Il est vrai que c’est parce que sa figure ne disait rien. Aujourd’hui mon neveu est admirablement changé. Sauf aujourd’hui où il avait passé la nuit à écrire des lettres, il assiste tous les matins à la messe, fait tous les soirs la prière aux domestiques, à la chapelle, me sert la messe assez souvent et me l’a servie le jour de la neuvaine de mort. Il est résolu à continuer le bien fait par sa mère. C’est peut-être beaucoup, car sur son carnet de l’année dernière je trouve des sommes bien fortes, jusqu’à 1.800 francs par mois, sans compter les travaux d’hiver, où elle donnait de l’ouvrage à tous les travailleurs qui ne pouvaient en trouver chez [les] voisins. Je calcule que l’hiver dernier elle a bien fait travailler pour 5.000 ou 6.000 francs, et avec cela elle s’opposait toujours à introduire chez elle ce qu’on appelle le luxe proprement dit.
Enfin, nous verrons. En allant doucement, sans prononcer de nom. J’ai lu le passage de votre lettre à mon filleul Emmanuel de Roussy, qui est le meilleur ami de Jean et qui entre dans mes idées. Quant au voyage de Nice, peut-être le ferons-nous ensemble à partir de Paris, car j’avais écrit à M. Le Rebours à peu près au sens que vous m’indiquez, de votre côté(3). S’il peut me recevoir de suite, je serai mercredi ou jeudi à Paris pour quelques jours. Nous repartirions ensemble pour Nice ou je vous retrouverais à Lyon.
Adieu, ma fille. Merci de vos prières pour ma soeur. Tout vôtre mille fois en Notre-Seigneur.

