Mes chers enfants,
Me voilà à Rome depuis ce matin; j’y suis arrivé en passant devant Monterotondo(1). Un moment après, le dôme de Saint-Pierre m’est apparu, et voyez: sans les quelques soldats catholiques qui se sont fait tuer à Mentana(2), le Pape aujourd’hui ne serait plus préparant le concile à l’ombre de la coupole, d’où il bénit le monde entier. J’ai tenu à dire la messe en arrivant, et j’ai été on ne peut plus touché de voir une masse de zouaves assistant très pieusement à la messe.
Ma lettre a été interrompue. J’ai vu le Saint-Père, j’ai reçu sa bénédiction deux fois, comme il allait se promener; une fois dans la cour du Vatican, une fois sur la place de Saint-Pierre. J’ai peur de ne pas assister souvent aux sessions du concile. Nous verrons ce que j’aurai à y faire. Beaucoup de décrets sont prêts(3). L’opinion générale est que tout sera fini pour la Saint-Pierre. Je viens de voir la salle du concile; elle se prépare à force. Quoi qu’on en dise, ce sera très beau. Il n’y aura qu’un ennui: on ne comptait que sur six cents évêques, on pense qu’il y en aura huit cents(4). Où les logera-t-on dans l’enceinte? Grave question.
Nous avons été les premiers à arriver au Séminaire français(5), aussi sommes-nous très bien. Moi, j’ai deux chambres au midi; pour l’hiver, c’est admirable. Ma couverture est restée à Nice; mais peu importe, j’en ai une. Vous ai-je dit que, cette nuit, nous avons eu une superbe gelée blanche?
Adieu, très cher ami. Je vous dis tendrement adieu. Le commencement de ma lettre semblait être pour les enfants, mais gardez-la pour les religieux seulement.
Totus vobis.

