(Confidentielle)
Cher ami,
Voici une commission importante. Il importe que l’on ne s’en doute pas. C’est pourquoi je vous la fais parvenir par voie indirecte mais sûre, je l’espère. Il y a dans le tiroir à gauche de ma table, près de la cheminée de mon cabinet, une enveloppe avec l’adresse de l’évêque de Nîmes. Cette enveloppe contient l’encyclique Quanta cura et le Syllabus. Arrangez-vous pour que j’aie cette pièce d’une manière sûre. Si vous n’avez pas d’autre moyen, télégraphiez à Montauban à l’abbé Legain, vicaire général, à l’évêché, pour demander le jour et l’heure où l’évêque de Montauban traversera Nîmes. Si vous avez une réponse, vous irez au convoi indiqué et vous remettrez en mains propres cet exemplaire à l’évêque, à son passage, pour me le remettre; mais avant qu’il ne me parvienne, vous pouvez me faire savoir si cet exemplaire du Syllabus a 80 ou bien 82 propositions. Il y a là-dessous une énorme affaire sous roche, et qui met aux champs certains personnages qui auraient abusé de la confiance du Pape. J’espère que tout s’éclaircira, mais je ne suis pas fâché de voir certains diplomates dans le plus magnifique pétrin(2).
Le mouvement catholique s’accentue de plus en plus, et je crois qu’en ce moment les gallicans ont l’oreille très basse.
Addio, carissimo. Lo prego di credermi tutto suo.

