Je vous remercie, mon cher ami, de l’exorbitante nouvelle que vous me donnez du futur concile national(1). Je vais pourtant vous rendre la monnaie de votre pièce. Le P. Galabert, qui est ici depuis deux jours, a voyagé avec le patriarche des Melchites(2) et 20 à 25 évêques orientaux. Or une nuit qu’il était étendu sans lumière dans une cabine, le dit patriarche et un prêtre arménien y entrèrent pour causer de leurs plaintes contre Rome. (Le Pape n’accepte pas que des prêtres qui passent au schisme pour être évêques soient ensuite traités comme évêques, quand ils veulent retourner dans l’Eglise catholique). Donc le prêtre arménien assurait au patriarche que Mgr Dupanloup l’avait engagé à dire aux évêques orientaux de défendre leurs droits, et surtout de s’opposer à la définition de l’infaillibilité. J’ai fait savoir la chose en bon lieu, mais quelle frénésie! Le résultat final sera un grand bien. Les Romains connaîtront l’homme et ils verront sur quoi ils pouvaient compter. Par ce côté je suis ravi.
J’ai vu Mgr Manning et Mgr Mermillod; l’un et l’autre vont demander la définition au nom de leurs protestants. Mgr de Nîmes se joindra à eux. Mgr Dechamps est furieux, mais il n’a que ce qu’il a voulu. Maintenant que se passera-t-il? L’évêque de Poitiers, le P. Perrone et tutti quanti sont persuadés que la définition du dogme de l’infaillibilité est plus que jamais indispensable, et je crois qu’il faut en venir là(3). Du reste, la lettre de Mgr Dupanloup est déjà condamnée par cette proposition d’Alexandre VIII(4), 7 décembre 1690, 29ème des propositions condamnées par lui: « Futilis et toties convulsa est assertio de pontificis romani supra concilium oecumenicum auctoritate atque in fidei quaestionibus decernendis infallibilitate ».
Quant à moi, j’ai toujours mon rhume. Je vois Pécoul, je vois le séminaire français. Adieu, cher ami. J’attends avec empressement les choses déraisonnables que vous m’enverrez.
Je vais faire demander au Pape l’indulgence et la bénédiction que vous sollicitez pour Madame votre mère. Croyez, cher ami, que je m’associe bien à toutes vos anxiétés et que je comprends tout ce que votre coeur doit souffrir.

