Je reçois votre lettre, mon cher ami,j’y [réponds](1) immédiatement:
1° Laissons pour le moment l’oeuvre apostolique.
2° Occupez-vous de l’école du soir.
3° Poussez le P. Picard à attirer les prêtres du collège de Saint-Dizier; par là nous aurons des hommes.
4° L’un des jeunes prêtres qui viendra formera le P. Alexis à la vie romaine; il faut qu’il reste un an à Rome.
5° L’abbé Desaire ou Désert se fera peu à peu. Ne vous tracassez pas.
6° En poussant le P. Picard à vous donner des sujets du collège de Saint-Dizier, vous aurez peut-être ce qu’il vous faut.
7° Quant au secret(2), écrivez au P. Picard à qui j’ai communiqué mon plan.
Quant à la nullité des bourgeois, je suis ravi qu’elle vous crève les yeux(3). Elle me les crève à moi aussi, mais il ne faut pas se décourager. Le monde est plein de germes, il ne faut qu’un saint pour les couver.
J’assiste à un mouvement étrange. L’infaillibilité sera définie, souvenez-vous en, et probablement avant la Saint-Pierre. Les Allemands seront les plus têtus. Le card[inal] Schwartzenberg(4) dit qu’il se démettra de ses charges plutôt que de se soumettre, Hefele aussi. Il y a dans le nouveau schéma un seul mot à retrancher pour qu’il soit parfait. Les évêques américains iront avec la grossièreté des yankees. Mais est-ce la peine de s’en tracasser? Demain, j’écrirai aux élèves une lettre que vous pourrez leur lire dimanche; aujourd’ hui, le temps me manque. Priez et faites prier. La grande bataille s’engage vendredi(5).
Adieu, cher ami. Le temps me presse. Donnez la lettre ci-jointe à la supérieure et faites dire à Soeur Marie de Saint-Jean que je lui ai écrit par M. Thibon.
Mille fois vôtre, cher ami.

