Cher ami,
Dans un mois, je devrais être à Nîmes. Y serai-je? Probablement non, mais très près d’y arriver. La fin de la semaine décidera bien des choses.
La clôture générale de la discussion a été un coup de foudre. Orléans et Besançon(1) s’étaient fait inscrire, et Orléans ne s’en est pas caché. Il a dit qu’il avait espéré qu’on aurait égard aux orateurs qui devaient parler. Pourquoi ne s’inscrivait-il pas du premier coup? Je trouve parfaitement ridicule de se poser ainsi en Jupiter tonnant pour le dernier coup.
La minorité s’est réunie. Or on a fait diverses propositions. On a proposé une discussion générale, ç’a n’a pas passé, il eût fallu se démettre du traitement;- d’imprimer les discours rentrés à Naples,- on a dit oui, mais quelles pauvretés à donner au public! on hésite; -de protester,- on m’assure que l’on proteste. Pourtant on a eu 66 discours, dont 25 de la minorité. Que voulez- vous de plus? Maret a parlé un vrai latin de cuisine. Furieux de son rappel à l’ordre, auquel la majorité avait répondu en battant des mains(2), il est allé voir Bilio pour lui en demander raison. Bilio lui a répondu: « Je vous ai interrompu, parce que vous avez émis des propositions: 1° fausses, 2° scandaleuses, 3° injurieuses pour le concile et le Saint-Siège. Du reste, nous ne croyions(3) pas la plaie aussi profonde et nous sommes résolus à agir avec autant d’énergie que nous avons mis de lenteur jusques à présent. Les évêques italiens veulent à présent l’anathème ».
Du reste, Bilio est furieux de ce que les journaux français ont parlé de sa trahison(4). Hier la Gazette d’Augsbourg en reparlait. L’évêque de Ratisbonne me disait encore hier soir: « Je crois peu à la persévérance de cette colère ». Ni moi, non plus. Pourvu qu’elle dure jusqu’à la Saint-Pierre, ce sera à merveille.
On avait espérer traiter du même coup le prooemium avec le 1er et le second chapitres, mais il se trouve que par une fâcheuse disposition le règlement le défend.
On revient du concile. Le prooemium est voté(5). On espère faire passer demain les deux premiers chapitres. Bilio est admirable d’ardeur. Il déclare que désormais il faut des anathèmes. Il a dit au Pape que le meilleur discours est celui de Maret, à cause de la lumière qu’il avait faite. Adieu.
Je vous ordonne d’aller à Hyères(6). Si la discussion allait vite, peut-être serai-je à Nîmes plus tôt que je ne le pensais.

