Cher ami,
Il y a, si je ne me trompe, trente-cinq ans aujourd’hui que j’ai dit ma première messe à Lavagnac à mon retour de Rome. J’étais heureux d’être en France. Aujourd’hui, je suis heureux de tourner les talons, et pour longtemps, à la Ville Eternelle(1). Mais quand partirai-je? Il ne vous en tarde pas plus qu’à moi, croyez-le bien.
Aujourd’hui, on a voté le 3ème chapitre. Il ne reste plus qu’à voter le 4ème et l’ensemble. Eh! bien, croyez-vous que le c[ardinal] de Angelis menaçait, hier soir, les Messieurs Lémann, de prendre pour cela trois semaines!
Mon discours(2) est à peu près fini. Mais je n’ai guère envie de l’envoyer, d’autant plus que j’aime autant qu’il soit distribué à part. J’y parle serré, et très serré, et je tiens à le corriger moi-même.
Il serait bien possible que je parte tout à coup et que je vous arrive plus tôt que vous ne le pensez. Il y a des gens qui prétendent que la définition ne sera votée qu’après que le budget des Cultes aura passé en France. C’est bien possible. Mais alors? Aussi ne soyez point surpris, si vous recevez tout à coup un télégramme vous disant de ne plus m’écrire, parce que je suis en route.
Les présidents, grâces à Dieu, ne sont pas infaillibles, et, pas plus tard que hier matin, Antonelli définissait leur conduite à Mermillod: absence de direction au dedans, absence de répression au dehors. Avec cela, on donne une triste opinion de soi et c’est en effet celle que, sauf Capalti, ils ont su inspirer. Quant aux péchés que leurs lenteurs font commettre, c’est à eux à voir quelle responsabilité ils en porteront devant Dieu.
Hier a eu lieu, dans l’église Saint-Ignace, au Collège romain, devant 7 cardinaux et 50 à 60 évêques, une soutenance De omni theologia par un élève du Collège français. Priez Dieu qu’il nous vienne un jour. Il avait eu le matin, des religieux pour argumentateurs; le soir, il a eu Micaleff, un Augustin, évêque de Città di Castello, Freppel, le nouvel évêque d’Angers, et de Preux, évêque de Sion. Le Tallec a parfaitement répondu. Tout l’état-major des Jésuites y était. C’était très imposant(3).
Adieu. Portez-vous bien, ne vous découragez pas et prenez patience. Vous savez que, pour la distribution, il faut paraître avec le collet romain(4). Ce sera le souvenir de la définition. Donc le samedi 30 la distribution.
E.D’ALZON.
6 juillet.
J’ai un peu moins mauvais espoir. J’ai couru hier chez Capalti, qui m’a parlé du 20. Ce matin, avec l’évêque de Digne, nous sommes allés à la Civiltà. Le P. Ballerini(5) nous a assuré que ce serait fini le dimanche en huit, le 17. Les ordres du Pape étaient pour au plus tard le 17, et sans lui nous y serions jusqu’à la Toussaint. De là j’ai couru chez Manning, qui met tout sur la mauvaise volonté de Bilio. Hier soir les Lémann allèrent chez Bilio, qui leur promit vers le 20 ou le 24; mais la scène que l’évêque de Digne a faite à la Civiltà et qui sera répétée certainement aujourd’hui au Pape par le P. Piccirillo déterminera probablement le Saint-Père à agir avec vigueur et à bousculer un peu les présidents. Priez pour que nous soyons libres le 16.
Adieu, cher ami. Vous voyez que je vous tiens au courant de tout.
Hier soir Franchi, Poitiers, Mermillod, Digne, Manning disaient qu’il suffirait de le vouloir pour avoir fini le 15. Valerga était parfaitement de cet avis.
Adieu, bien cher ami. encore une fois. Patience!
E.D’ALZON.
L’archevêque de Paris, par un tour de Jarnac, a cru pouvoir empêcher la condamnation implicite de Maret(6). Un évêque a dû aller lui dire que si le canon ne passait pas, douze évêques allaient demander la condamnation de l’ensemble du Mémoire. Quimper a prévenu hier Maret lui-même. Au vote, l’opposition n’a jamais que 36 voix au plus. Dites à Monseigneur que Sens et Chartres votaient souvent avec l’opposition.

