Cher ami,
Si j’ai tardé à vous écrire, c’est que j’ai dû chercher à vous procurer des fonds pour vos prisonniers. J’ai déjà 2.000 francs à votre disposition. Je prie Mgr Mermillod de vous les faire parvenir au plus tôt. Sur cette somme, il y en aura une à prélever pour deux soldats, à qui leurs parents écrivent. Vous feriez parvenir les lettres ci-jointes.
Peu à peu, un mouvement de conversions s’opère. Dieu veuille qu’il aboutisse! Ici nous avons fait un voeu d’élever une statue colossale à la Sainte Vierge, si nous obtenons la délivrance. Dans bien des endroits on fait la même chose. Peu à peu, on se relèvera; mais croyez-vous que je ne suis pas pressé de voir la fin? Voici pourquoi. Supposé que nous soyons promptement vainqueurs, les républicains au pouvoir s’y accrocheront, les conservateurs voudront l’escalader, et nous aurons une lutte bien plus terrible que celle avec les Prussiens. Nous avons besoin de cuire encore un peu dans notre jus, et pour éviter les horreurs de la République rouge, et pour éviter aussi une réaction d’orgies, dans laquelle la bourgeoisie voltairienne ne manquera pas de se plonger, si elle revient au pouvoir.
J’ai organisé des nouvelles à vous donner. Presque tous les jours on vous écrira, déjà l’on a dû vous écrire de divers côtés. La semaine dernière, nous avons perdu en trois jours un très bon novice, le Fr. Edouard. Le connaissiez-vous? Je vous envoie une notice sur son compte(1). Le collège va bien: près de 200 élèves, dont 100 internes. Notre université marche comme un seul homme dans la personne du P. Desaire(2). Votre frère est au Vigan, en train de faire sa seconde retraite depuis trois mois. La première s’est accomplie à Valbonne, au retour de Sedan. Il devient un saint, votre frère.
Veuillez remercier Mgr de Ketteler de ma part et de la part de Monseigneur de Nîmes. Nous lui sommes tous ici reconnaissants de ce qu’il fait pour nos prisonniers. Et veuillez ajouter, en lui parlant de notre gratitude, qu’il est très nécessaire que cela se sache. Les protestants font en ce moment une spéculation de la charité. Il est indispensable que le clergé catholique se montre.
Peut-on vous envoyer de vieux journaux, c’est-à-dire des journaux de quinze jours ou un mois? Vous a-t-on [dit] que nous avions une ambulance de 30 blessés ou malades au patronage(3), dirigée par trois Oblates, un infirmier pour la nuit, M. Correnson pour docteur et Félix Boyer pour interne?
Mille choses à Pernichon. Ecrivez très souvent. Mille fois à vous, cher ami, et que Dieu bénisse tout ce que vous faites. Il me semble que, du coup, vous et Pernet vous vous attirez des masses de bénédictions.

