Mon cher ami,
Merci de votre bonne lettre. J’en ai lu une partie à la supérieure des Oblates; elle est un peu effrayée(1). Voici ma pensée. Préparez- vous à faire le voeu dont vous parlez pour le 8 déc[embre 18]71. Vous aurez un an pour vous préparer, et elle aussi; alors nous verrons. Ce voeu a de bien grosses épines. Je voudrais que vous pussiez l’étudier dans la Retraite de Bourdaloue, à la considération sur la perfection dans les actions ordinaires de la vie(2). Je vous engage aussi à résister très énergiquement au P. Hippolyte, s’il vous pousse à prêcher. Soignez-vous, chauffez-vous, promenez-vous, donnez de l’élasticité à votre cerveau.
Je voudrais qu’avant de quitter Le Vigan vous fissiez le programme d’un journal catholique, pour paraître le 1er janvier. Il faudrait expliquer: 1° que nous sommes catholiques avant tout; 2° que nous ne sommes pas un parti politique; 3° que nous sommes pourtant un parti politique en ce sens que, comme catholiques, nous voulons notre place au soleil, prêts à tendre la main aux hommes honnêtes de tous les partis, disposés à respecter leurs opinions pourvu qu’ils respectent nos principes. Quant aux formes politiques, nous croyons à d’effrayants bouleversements européens, au triomphe plus ou moins éloigné de la démocratie. Nous voudrions, puisqu’il n’y a plus d’aristocratie, que la bourgeoisie de quelques grands centres nous faisant comprendre ce vers quoi la bourgeoisie il faut surtout s’adresser au peuple (3). On vient de m’interrompre.
Songez à la prédication des idées catholiques à faire pénétrer dans la société. Vous auriez, sans sortir de chez vous, un auditoire qui ne vient pas toujours au sermon, et, peu à peu, avec le style des trois premières pages de votre lettre(4), vous leur feriez avaler bien des choses. Je vous recommande cette idée(5).
Adieu, cher ami. Je prie pour vous du fond du coeur. Recueillez-vous reposez-vous, afin de combattre plus vigoureusement plus tard.
Mille choses à nos Pères viganais.

