Mon cher ami,
J’espère bien pouvoir vous envoyer quelque chose dans le courant de l’année prochaine, mais en ce moment la situation est si affreuse qu’il faut absolument laisser passer quelques mois. Quant à l’état de la France, en soi il n’est pas désespéré, et, au point de vue catholique, je ne puis voir dans tout ce qui se passe qu’une purification et une rénovation. Ainsi, bon courage! Je crois que la chance nous revient, et elle nous est revenue le 30 novembre(1), le premier jour de la neuvaine à l’Immaculée-Conception. Que nous ayons été battus, cela se conçoit avec la canaille qui gouverne, mais du coup elle se coule prodigieusement, nous n’avons pas à en douter. Nous avons perdu en trois jours le Fr. Edouard, il est mort comme un saint. Père Vincent de Paul et Père Pernet sont à Mayence avec 24.000 prisonniers, ils donnent 80 communions par jour. Frère Jules, Père Picard suivent bravement les ambulances. Adieu, cher ami. Nous sommes écrasés par les blessés, nous en avons 30 au patronage. Si les Russes viennent, ne vous en effrayez pas; souvenez-vous de nos conversations à Rome(2).
Totus tibi.

