Mon cher ami,
Les détails que vous me donnez sont pleins d’intérêt. Permettez-moi de vous recommander toujours Louis Valat. Je sais que l’abbé de Cabrières pousse à Flouest mais Flouest est-il possible à Nîmes après l’affaire Sagnier? Quant à moi, savez-vous de qui je me préoccupe? De vous! Si Larcy reste quelque temps à son ministère, vous pouvez devenir secrétaire général sans la moindre difficulté et même sous-secrétaire d’Etat(1). Vous avez votre chemin tout fait. Mais vous avez une autre ligne à suivre. Puisque la place de chef du parti catholique n’est pas occupée, pourquoi ne vous la réserveriez-vous pas? Voyez la considération que, malgré son impérialisme(2), avait conquise Chesnelong de Bayonne! Je crois qu’en procédant avec prudence vous pouvez tailler de rudes croupières à Jules Simon(3), et si vous les découpez, comme je vous en crois capable, vous ferez la conquête de tout le parti conservateur, sans vous prononcer en public sur la branche aînée ou la branche cadette. Vous ne faites pas opposition, vous n’attaquez qu’un homme, et non le gouvernement, au nom de la France chrétienne.
Irez-vous donc vous jeter dans la gueule des rouges Parisiens en allant à Paris? Voilà ce qui me passe. Aller à Paris pour s’y faire envahir et chasser, quand on peut mettre Paris en pénitence au profit des départements, c’est pour moi le comble de la démence.
Monseigneur voudrait que la Chambre ne se hâtât pas de se dissoudre(4), qu’elle se donnât tous les pouvoirs et qu’elle vécût au moins deux ou trois ans. Monseigneur propose Tailhand, commandant de Phalsbourg, pour remplacer Thiers, et Burton, chef des mines de Tamaris plutôt que Benoist fils. Le premier a des chances, le second n’en a pas, ni Benoist fils non plus. On verra(5).
Adieu cher ami. Mille et mille fois vôtre.

