Votre sacrifice est donc consommé, ma bien chère fille. Il faut en bénir Dieu. L’Assomption du ciel sanctifiera celle de la terre, et Soeur M.-Caroline ne sera pas, avec son dévouement à sa Congrégation, une des moins puissantes médiatrices(1). Vous devez avoir le coeur bien brisé et je voudrais être auprès de vous, mais nous sommes en carême, et, depuis hier, j’ai commencé les instructions à nos enfants. Je ne prêche plus que deux fois par semaine, mais il faut bien les renouveler un peu(2).
Je crois comme vous que l’on ne risque rien à Nice, et surtout maintenant; on risque pour le moment, bien plus à Genève. Aussi je crois que vos filles feront bien de s’y établir pour un peu de temps. Je me permets de croire que Nîmes n’est pas aussi chaud pendant l’été, mais à la villa Escoffier on peut s’arranger absolument, je n’en doute pas.
Croyez que je serai bien heureuse de me mettre à la disposition de M. votre frère(3); mais si vous voulez bien, j’attendrai que vous soyez ici pour avoir toutes les explications, surtout si, comme on le dit, (sans que je le croie), M. de Larcy est nommé ministre des Finances, à la place de M. Buffet qui a refusé.
Adieu, ma bien chère fille. L’arrivée du noviciat vous retardera peut-être. Je regrette que la coïncidence du carême m’empêche d’aller vers vous.
Mille fois vôtre.

