Ma bien chère enfant,
Le Saint-Esprit a dit: « Celui qui n’a pas été tenté, que sait-il? » Eh! bien, Notre-Seigneur permet que vous soyez tentée, afin que vous puissiez acquérir la science des saints. C’est très douloureux, mais vous n’avez pas à vous en inquiéter le moins du monde. Rappelez-vous que je prends tout sur moi, que je réponds de vous devant le bon Dieu. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de partir dès que l’on écrira que l’on vous attend. Figurez-vous que les quelques heures qui ont précédé l’assaut ont été terribles pour les religieuses restées à Auteuil. On les a retenues prisonnières pendant assez longtemps(1). Grâce à Dieu, elles ont montré une grande énergie, mais d’ici à longtemps le péril est conjuré.
Quant à moi, je suis bien convaincu que nous avons besoin d’offrir à Dieu de grandes expiations, et que le bonheur de s’offrir comme une victime doit toucher le coeur d’une petite vierge comme vous. Car, que pouvez-vous offrir de plus beau à Notre-Seigneur que votre lys? Quoique l’on puisse dire, vous savez bien que ce n’est pas moi qui vous ai poussée. Je vous ai écoutée, je vous ai engagée à devenir meilleure. Mais quel mal y a-t-il là? Vouliez-vous que je vous dise: « Ma fille, vous êtes très bien comme vous êtes, ne changez pas? » Vous comprenez bien que vous vous seriez demandée si j’avais le sens commun. Maintenant, que de nos conversations soit résultée pour vous la pensée de vous donner à Notre-Seigneur, ce n’est pas à moi, c’est à Notre-Seigneur lui-même qu’il faut aller s’en plaindre.
Croyez-moi, mon enfant, allez avec courage, marchez bonnement et simplement. Mais, de même que je vous disais, il y a quelque temps: « Attendez », aujourd’hui, je vous dis sans aucune crainte: « Allez ». Je réponds de vous, pourvu que vous ne gaspillez pas votre vocation en inutiles délais.
Adieu, ma chère enfant, et mille fois à vous en Notre-Seigneur.

