DERAEDT, Lettres, vol.9 , p. 153

Des gens qui se battent pour faire le bien – Recrues pour le Vigan et pour Auteuil – Il faudrait donner ma démission de grand vicaire, mais… – Pèlerinage de l’Espérou – Ma nièce baisse.

a chère fille,

Votre avant-dernière lettre a fait les délices d’une réunion d’hommes, avec le député qui met l’observation du dimanche parmi les commandements de l’Eglise(1). Trouvez-moi donc le moyen qu’au Vigan les gens ne se battent pas pour faire le bien. Le curé tracasse à cause de nous de pauvres Soeurs de Nevers et nous sommes obligés de nous abstenir, à cause de cela, de bien des choses. Si l’on ne vous envoie pas le vin demandé, c’est que les gares sont obstruées d’une façon inouïe et que nous y perdons quelques milliers de francs.

Veuillez remercier Soeur M.-Thérèse de son novice. Aujourd’hui même j’apprends qu’à Notre-Dame des Châteaux j’en trouverai plusieurs. Je suis très content du prêtre arrivé de Savoie. Un autre jeune homme ayant fait ses études me satisfait moins. En ce moment le problème est d’avoir des ressources pour vivre. Depuis quelque temps je n’ai pas écrit à Madeleine de Saint-Germain, je tâcherai de la remonter. Quant à Marie Michel, elle est plus en train que jamais, et je crois bien qu’elle sera non seulement une bonne religieuse, mais une bonne supérieure. Elle est rieuse, mais très sérieuse en même temps, et je constate avec bonheur qu’elle a une excellente santé, à condition qu’elle puisse faire du mouvement.

Je voudrais bien vous revoir le plus tôt possible, mais il me faudrait donner ma démission de gr[and]-vicaire. L’évêque commence à être peu content de mes absences, et je ne puis lui en vouloir. Mais j’ai 3.000 francs de ressources avec mon titre que je ne trouve pas ailleurs, et il faut songer aux novices qui ont bon appétit.

Adieu, ma fille. Priez pour moi. Je l’ai fait pour vous hier à l’Espérou, où j’étais allé conduire une petite caravane. Je vous remercie de ce que vous avez dit à M. Poujoulat sur M. [Le Rebours](2). J’ai toutefois pris la résolution de ne plus m’occuper de lui. Le P. Hippolyte vous a-t-il dit que ma nièce(3) baissait à vue d’oeil au moral et au physique? C’est bien douloureux.