Ma chère fille,
Je suis allé dîner hier chez le P. Picard(1); il va mieux, mais il a encore besoin de repos. Quand il reviendra, il importe de le forcer au repos; c’est certain. Priez et faites prier pour que Dieu nous envoie des sujets capables de soulager les vieux et les anciens. Cela devient plus indispensable tous les jours. Priez aussi pour notre noviciat. Qu’il est important de le voir se développer et qu’il est à regretter que, depuis vingt-cinq ans, je n’aie pas fait ce qui se fait à présent, c’est à dire une pépinière de sujets! Ils auraient maintenant 35 à 40 ans, sans compter les autres.
Je crois que l’évêque de Poitiers fait fort bien de vouloir faire sa retraite pour le motif qu’il indique. Je crois que vous faites mieux d’agir par d’autres sentiments. Dieu donne aux gens des impressions diverses, qui toutes sont bonnes selon les dispositions de chacun(2).
Il me semble que le prieuré va bien. Je vous remercie beaucoup de m’avoir débarrassé de Soeur M.-Charlotte et de Soeur M.-Pauline. Vous avez bien raison pour la petite de Rocher; elle est bien sotte, mais pas gênante. Soeur Jeanne-Emmanuel s’est prise d’un tendre pour moi, à cause des services que je rends à sa mère. Nous sommes tout à fait bien avec Soeur M.-Claire, à la suite d’une retraite où elle prétend que je lui ai ouvert le coeur. Je comprends vos difficultés d’argent, car moi aussi j’en ai. Je compte sur l’indemnité des chemins de fer qui ne peut plus tarder, si je m’en rapporte à une lettre de M. de Larcy rendue publique par les journaux, et je cherche à vendre Montmau. Ah! que de bien à faire et qu’il est important de s’en occuper tous les jours et par tous les moyens! L’impression de bien des gens que je vois est qu’il y a un léger retour, et, en même temps, surexcitation de passions mauvaises. Qui calmera les passions? Qui développera le retour? Dieu seul le sait.
Adieu, ma fille. Vous avez dû voir M. Dehon, à son passage. Qu’est-ce qu’un directeur du séminaire de Reims, que Soeur Françoise-Eugénie voudrait nous donner? Bien tout vôtre en Notre-Seigneur.

