Mon cher et bien-aimé Père,
Cette lettre a un double but:
1° J’attendrai, si vous le voulez bien, de proposer à un évêque l’ecclésiastique de Marseille dont vous m’avez parlé, voici pourquoi: l’évêque de Marseille(1) est mourant, dit-on. Il avait une glande cancéreuse à la mâchoire, près de la dent de sagesse; une première opération a été faite, mais les émotions du procès de son frère ont renouvelé le mal, et le pauvre homme peut mourir dans une seconde opération. Donc en pareil état de choses j’ai pensé préférable attendre quelque temps, prêt à faire ce que voudra votre protégé, soit pour Versailles, soit pour Montauban, soit pour Fréjus.
2° Vous avez vu les religieux du Père Caussette(2). L’enquête que leur demande la Congrégation est difficile. Toutefois, M. l’abbé de Combiez, Sulpicien, m’a dit de telles choses sur ce pauvre malheureux que je crois devoir tout faire pour l’écarter de l’épiscopat. Or, nous allons avoir à Nîmes le Père Sudreau, Dominicain, qui affirme avoir les mains pleines de faits sur le P. Caussette, et qui promet de parler si on l’interroge juridiquement. Vous pourriez dire à Mgr de Luca(3) de donner une commission à l’évêque de Nîmes ou, comme celui-ci tient à ne pas faire de peine à Mgr de Toulouse, on peut me donner toutes les commissions que l’on voudra; on sait assez que je ne veux rien, pour que l’on ne puisse soupçonner chez moi d’autre sentiment que le désir d’écarter de l’épiscopat un sujet indigne.
Je vous prie, bien cher Père, si vous croyez devoir communiquer ma lettre à Mgr de Luca, de lui offrir mes plus tendres hommages.

