DERAEDT, Lettres, vol.9 , p. 410

Mon vieil ami Du Lac est mort – Tout un monde commence à tomber pour moi.

Bien chère enfant,

Je vous écris le coeur bien triste: mon vieil ami du Lac est mort, pendant que j’étais à Arras. On va l’enterrer dans un moment. Comme depuis vingt ans il logeait au Bon Lafontaine et que l’on n’aime pas les tentures dans les hôtels, son corps fut porté sans bruit à Saint-Thomas d’Aquin. Je pus l’accompagner avec Veuillot; aujourd’hui, on fait la cérémonie, M. d’Esgrigny voudrait faire porter son corps en Picardie dans son tombeau de famille. Hélas! partir de là ou de là pour le jugement dernier, qu’importe à cette poussière qui a été notre corps?

Tout un monde commence à tomber pour moi. Nous étions quatre: Gouraud, d’Esgrigny, du Lac et moi(1). Du Lac disparaît. En mourant, il a blessé le pauvre Gouraud, parce que ayant été guéri par un homéopathe, il y a quelque temps, Gouraud n’est venu à son lit de mort que comme ami. Les Veuillot ont été admirables, mais enfin la dégringolade commence.

Impossible de trouver des ressources dans cette saison.

Vous ne me dites rien de votre santé, moi je ne vais pas mal. Je déjeune et pars pour Saint-Thomas.

Adieu, chère enfant.