Ma bien chère fille,
J’arrive de Poitiers, d’où je suis parti hier vers 11 heures du soir. J’ai dit ma messe du samedi et vous êtes la première personne à qui j’ai écrit longuement depuis huit jours. Je n’ai donné tout le temps du Congrès que deux signatures sur des registres. Impossible de toucher une plume. Que je voudrais partir samedi prochain d’ici et vous arriver pour la messe de dimanche! A la garde de Dieu.
Nous avons fait de la bonne besogne à Poitiers. L’évêque a parlé deux fois, il a été admirable, prodigieux de simplicité, de noblesse et de science ecclésiastique. Quel homme(2)! Du reste, nous étions 300 inscrits et plus. Il y a eu quelques tiraillements avec des hommes que j’aime beaucoup: M. de Mun et M. de la Tour-du-Pin Chambly(3). Mais en leur qualité de militaires et de jeunes gens, ils ont fait de vraies charges de cavalerie; ils ont été enfoncés. C’est dommage, et pourtant c’est moi qui les ai le plus combattus, mais c’est trop jeune(4). Faites beaucoup prier toutes vos filles pour le Congrès. Hélas! c’est la prière qui après tout nous est la chose la plus nécessaire, puisque par elle-même nous obtenons tout. Vous comprenez que, revenant d’un Congrès, pour en recommencer un autre aussitôt, il faut être bien vôtre pour vous écrire si vite. Hélas! demandez à N.-S. que je ne le sois pas trop.
Soeur Jeanne m’a écrit une bien bonne lettre. Je vous bénis, ma fille, avec le coeur le plus tendre et le plus dévoué.

