Mon cher ami,
Je vous écris de chez la supérieure générale des Oblates, qui me charge de vous dire -et je vous le dis avec elle- qu’après avoir bien réfléchi, il me semble utile de ne pas nous charger des visites de malades à domicile. Les pensionnats, externats, dispensaires, hôpitaux forment un ensemble d’oeuvres très suffisant, selon moi. Je vous engage donc à ne rien presser de ce côté; soit afin de ne pas fatiguer les Soeurs, soit afin d’éviter les inconvénients, qui, tôt ou tard, résulteraient de ces visites chez des hommes seuls(1).
On a fait partir l’étoffe pour la robe de Soeur Henriette; j’espère qu’elle pourra prendre l’habit pour le 25 mars. Votre idée du pensionnat à Kara-Agatch(2) me paraît excellente; vous n’aurez pas besoin d’une aussi grande maison qu’à l’intérieur de la ville, et si vous pouviez louer avec faculté d’acheter à un prix fixé d’avance, vous pourriez louer à long terme et faire des réparations utiles pour vous. D’autre part, votre séjour en ville avec les Soeurs, couchant à l’hôpital, serait d’une très grande utilité. Toutefois dans vos arrangements, je tiens à ce que les religieux soient entièrement séparés des religieuses; sans quoi nous finirons par avoir du désagrément, croyez-le bien. Que je voudrais vous faire une visite! mais le moyen?
Nous venons encore de faire quelques pertes, très heureuses en dernière analyse. Le P. Desaire nous a quittés, et il ne faut pas le regretter, tant s’en faut. Tous les tripotages de ce pauvre garçon ne sont pas croyables. Nous avons cependant 18 à 20 excellents novices; ce qui nous permettra, un peu plus tôt un peu plus tard, de vous envoyer du monde. J’approuve votre voyage à Constantinople avec les Soeurs(3). J’emporterai votre dernière lettre à Paris, où je serai dans quinze jours. Adieu, bien cher ami. J’apprends la mort du P. Jérôme(4). Ce malheur ne changera-t-il rien à la situation des Pères Polonais? Les événements deviennent très graves en France, et je pense que nous échapperons difficilement à une crise. Je pars ces jours-ci pour Paris. Faites-moi savoir s’il y a quelque chose à demander aux Ecoles d’Orient.
Totus tibi.

