DERAEDT, Lettres, vol.10 , p. 54

La part que vous avez prise à la chute de Thiers – Recommandations – Protestants et catholiques.

Cher ami,

Je viens vous faire mon compliment le plus vrai de la part que vous avez prise à la chute de Thiers, en demandant la séance du soir(1). La note élogieuse de la Gazette de Nîmes vient de la préfecture. L’effet, ici, est prodigieux. Les gens de la placette(2) sont tous partis pour le mazet. Dans les pays protestants, consternation sur toute la ligne. A Sauve, un huguenot en est mort d’une attaque. La garnison est dans le ravissement; on peut agir sans crainte, d’autant plus que nous avons la certitude que les indécis vont saluer le soleil levant.

La supérieure g[énéra]le de l’Assomption me dit que la trésorerie générale de Chaumont est vacante. Pouvez-vous y colloquer M. Milleret de Brou? Les Lacrampe n’osent pas vous demander Mende. Je vous écrirai dans deux jours pour voir si l’on peut demander, comme à leur insu, cette place et vous fournir un moyen d’apaiser des fureurs. Simple question: s’occupe-t-on de donner la liberté à l’enseignement supérieur? Je vous conjure de me camper sur Batbie(3).

Une croix a été plantée à Saint-Hippolyte. Le consistoire a, nous le savons, donné 2.500 francs pour la renverser; on l’a, en effet, mutilée(4). Pelon, juge d’instruction, poursuit l’affaire d’une manière infâme; au contraire, Casabianca et Colonna se conduisent très bien. Ne pourrait-on pas, du ministère de la Justice, écrire une lettre un peu vive à Pelon, pour lui reprocher sa conduite trop partiale envers les protestants contre les catholiques?

Adieu. Que Dieu vous soutienne et vous donne la grâce de profiter de votre victoire!

E.D’ALZON.

Les Pointus étaient devenus très souples; du reste, on se met à les détester.