Cher ami,
Que vous êtes heureux de dormir! Quelle oraison de quiétude(1)! Que je voudrais être à votre place! M. Thiers est comme vous. Il travaille beaucoup, puis il dort, il dort, il dort. Allons, dormez, mes chères amours, tandis que je prierai pour vous à Lourdes. Si vous ne dormez pas toujours, je vous prie de me dire votre impression sur le noviciat; je vous engage à rester au Vigan le plus possible. Peut-être irai-je vous y voir! Ah! qu’il serait important d’être partout! Dans vos rêves, ne pourriez-vous pas trouver un moyen électrique de me transporter simultanément à Paris, Nîmes, Lyon, Nice, Rome, Bordeaux, Andrinople et l’Australie? Vous, ancien chef de télégraphe, n’avez-vous aucun moyen pour vous rendre compte de ces pérégrinations instantanées?
Adieu, cher fils. Vous savez bien qu’il y a un morceau de mon coeur partout où vous êtes. Si vous ne me voyez pas au Vigan, arrangez-vous pour que je vous voie à Nîmes, avant votre départ pour Paris. Addio.

