Bien cher ami,
J’écris au P. Brun d’aller vous rejoindre(1). Quant au Père Hippolyte, il me fait faire ses commissions par le Père Emmanuel, à qui il écrit(2). Le P. Alexis est aujourd’hui au Vigan, d’où il ramènera nos enfants à l’alumnat des humanités(3). Nous avons deux novices venus de Paris, deux séminaristes, j’en attends quatre autres. J’ai écarté un diacre. Faites prier pour avoir quelques jeunes prêtres; ils nous font bien défaut.
Je crois que si Montpellier veut donner une lettre, ce sera beaucoup. Quant à Nîmes, il n’y faut pas songer(4). Paris tourne sa fureur contre Dom Guéranger. Il y a, à propos du Bref à Mme des Cars et Mme de Chevreuse(5), toute une énorme campagne engagée. Dom Guéranger, pour justifier Mme de Chevreuse tancée d’importance par l’archevêque, a proclamé, au nom du troisième chapitre de la Constitution de l’Eglise, le droit immédiat du Pape sur tous les fidèles et le droit des fidèles de communiquer directement avec le Pape. De là fureur archiépiscopale contre Dom Guéranger et l’Univers. J’avais vu l’archevêque très gracieux pour moi; nous fûmes interrompus par le comte de Paris. Je restai sur ce goût. Je maintins contre Bailloud(6), qui voulait aller seul, l’obligation pour le bureau d’aller chez l’archevêque. Je l’avais dit à celui-ci. Nous y allâmes. Il n’y eut de grâces que pour moi. L’archevêque déclara que, du premier coup, il avait vu l’immense utilité des Congrès. Quant à la demande en archiconfrérie, Nîmes n’y est pas très favorable, par la faute du P. Hipp[olyte] et du P. Raphaël. Ce serait trop long à expliquer. Les gens qui ne veulent pas se maintenir sur un certain terrain sont terribles pour tout gâter. Enfin, patience.
Tâchez, si vous le croyez utile, de faire savoir que c’est moi qui ai rédigé l’adresse du Congrès au Pape et qui y ai parlé du développement des conséquences pratiques du concile du Vatican(7). Si la réponse n’est pas faite, Mercurelli aura une belle thèse à développer(8).
Je mourrai d’envie de vous voir, à votre retour. Pourtant, peut-être ferez-vous bien de faire un tour à Paris, aller aux Eaux-Bonnes, venir à Nîmes. La Mère Marie-Gonzague vous offre un lit pour le Congrès qui se tiendra à Lyon, fin-août(9). De là, nous règlerons votre saison d’automne et d’hiver. Vous pourrez dire, si vous parlez de l’Archiconfrérie, que l’évêque de Nîmes est en tournée(10). N’oubliez pas l’opposition de Turinaz. Mais j’ai fait offrir au Pape de mettre à Nice quelques jeunes Italiens ayant la vocation ecclésiastique. Ce sera peut-être un moyen d’avoir l’Archiconfrérie. Notez que ce sont les Jésuites qui m’ont fait faire l’adresse. Etait-ce pour ne pas se compromettre ? Etait-ce pour me faire une amabilité ? Quand je demandai pourquoi cet honneur, le P. Marquigny me répondit : « Parce que vous êtes le P. d’Alzon ». Ne vous servez de ceci qu’autant que ce sera utile, en dehors de ma personnalité.
Tout à vous.

