Ma bien chère fille,
Qu’il y a longtemps que je ne vous ai écrit! J’ai assez souffert, il est vrai, et j’étais fatigué de mes névralgies. Il me semble que cela tend à passer. J’ai commencé à sortir depuis deux jours(1). Vous avez eu l’extrême bonté de me proposer un appartement à Paris. Voulez-vous me permettre de l’accepter à Nice? Il me semble qu’il était convenu que nous y irions ensemble. Seulement, je resterais un peu plus que selon mes premiers plans, quoique pas autant que le P. Picard le voudrait. Mais pour l’hiver Nice me va mieux(2).
J’ai pris courageusement mon parti de ne plus prêcher de très longtemps, de devenir un homme de prière, autant que j’en suis capable, de me retirer de beaucoup de choses, de vivre en vrai religieux. Nous avons eu, ici, entre le P. Picard, le P. Hippolyte, le P. Emmanuel et moi, des conversations très sérieuses et qui, je l’espère, porteront leur fruit(3). Le P. Hippolyte va enfin pousser à la vente de Montmau. Du reste, (mais ceci est un secret absolu), le P. Hippolyte quitte Le Vigan; il sera à Paris avant quinze jours(4). Au printemps notre noviciat s’installe à Paris, mais on attendra le retour du P. Picard; celui-ci va évidemment beaucoup mieux.
Nous avons aussi parlé des alumnats. Evidemment ils sont pour nous la très grande préoccupation. D’ici à sept ans, nous serrons nos voiles, à moins que Dieu ne nous envoie quelques prêtres, comme il nous en faudrait pour soutenir le poids d’un travail écrasant.
Je m’arrête pour aujourd’hui, mais croyez que je suis bien tendrement touché de ce que vous voulez bien me faire dire(5).

